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londonJMille excuses, le titre de cet article pourra paraître quelque peu pédant mais il faut bien qualifier cette école d'écriture à laquelle quelques lecteurs avertis m’ont fait l'honneur de me rattacher. Mazette, accrochez-vous, Herr Doktor Max va faire la leçon !
Pour être simple et compréhensible : l'écriture béhavioriste bannit les développements d'introspection psychologique des personnages romanesques. Il s'agit pour l'auteur de décrire l'action, de rapporter les dialogues. En gros, ce serait exactement une transcription d'un récit filmique. Quand vous regardez une scène de cinéma, vous déduisez le rapport psychologique entre deux personnages par exemple, vous n'avez pas généralement une voix off qui vous indique ce que pense l'un des acteurs ou dans quelle disposition d'esprit il se trouve. Le spectateur le déduit tout seul comme un grand. Le lecteur en fait donc de même.
Ce concept a été avancé par le psychologue américain John B. Watson décédé en 1958 dans un manifeste paru en 1913. Il y définissait une théorie qui assigne à la psychologie l’étude du comportement des individus sans avoir recours à l’introspection.
Claude Mesplède dans son dictionnaire des littératures policière, page 188, tome 1 : "Cette méthode objective est à l'origine d'un malentendu puisque l'on a supposé que le béhaviorisme faisait fi de la psychologie des personnages. C'est tout le contraire." Et de citer les maîtres du béhaviorisme : Dashiell Hamett et William R. Burnett. L'énorme développement des productions cinématographiques et télévisuelles a considérablement influencé l'écriture contemporaine. Pour ma part, je revendique la syntaxe filmique dans mes écrits, le découpage en séquences et en scènes, auquel s'ajoutent des dialogues le plus vrai possibles. On peut lire certains de mes romans comme un scénario. Je ne renie pas cette influence, au contraire. 

On rencontre effectivement et souvent cette écriture de type "naturaliste" dans le roman policier et le roman noir contemporain sous l'influence des littérateurs de la fin du XIX° tel Emile Zola et du début du XX° tel Jack London, pour ne citer que ces deux-là qui figurent dans mon Panthéon littéraire personnel.

                                                                      Boxing book
unsteakS'agissant du second, j'ai relu récemment sa nouvelle "A piece of Steak" relatant le match d'un vieux boxeur, crevant de faim avec sa famille, qui va combattre pour gagner de quoi s'acheter un steak. A la première lecture, il y a bien longtemps déjà, je fus subjugué et suis tombé sous le charme de cette prose. Je crois bien que cette nouvelle a été à l’origine de mon désir d’écrire dans le registre du noir.
Dans la courte et excellent préface de l’ouvrage Un steak chez Libertalia, Loïc Wacquant écrit que dans cette nouvelle « London s’en tient au strict registre stylistique du « naturalisme littéraire états-unien », écho transatlantique du réalisme théorisé par Zola, dans lequel le romancier, situé à la croisée de l’observation et de la participation et s’abstenant de tout jugement moral, joue le rôle technique d’intermédiaire entre les personnages et les événements qui scandent le récit. En résulte un texte dépouillé, au ton clinique et à la précision millimétrique, qui donne au lecteur le sentiment prenant de pénétrer au coeur même de l’agir pugilistique. » Tout est bien dit ! Ce qui donne cet effet de réel à l’écriture, caractéristique de la plupart des romans noirs contemporains.

Amateur et pratiquant du noble art de la cogne, Jack London a écrit 4 nouvelles de ring. « A Piece of Steak » (1909), la plus connue et la meilleure, The Game (1905) et The Abysmal Brute(1911) et The Mexican (1910). On trouve la première sous le titre « Un steak » (traduction Frédéric Cotton – Préface de Loïc Wacquant – Illustrations de Thierry Guitard) et la dernière, disponibles chez Libertalia. The Game et The Abysmal Brute sont quant à elles réunies dans un recueil « Sur le ring » paru chez Phébus Libretto (traduction Noël Mauberret - préface de Christian Montaignac), disponible également.

 

lemexicain  surlering
 Sur la couverture, c'est London himself qui a chaussé les gants


Je travaille actuellement à réunir les éléments d’un numéro spécial de la revue 813 consacré à ‘boxe et polar’, prévu en 2012.

Petit rappel en passant : j’ai commis moi-même un roman de ring,  Amin’s blues.

 

http://editionslibertalia.com/Un-steak.html

Tag(s) : #Rendez-vous avec moi...

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