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Le numéro 108 de la revue 813 vient de paraître. C'est un numéro spécial classant les 100 polars préférés des amis des littératures policières. C'est un instantané réalisé en 2009. Il est subjectif. 

J'ai rédigé deux notices, celle consacré au roman de David Goodis, classé 10ème, Tirez sur le pianiste (lire ci-après) et celle concernant le 100ème de la liste, Tranchecaille de Patrice Pécherot.     

   

Tirez sur le pianiste ! David Goodis, titre original Down there, 1956, traduit de l’américain par Chantal Wourgraft, Gallimard 1957, Série noire n°379, Folio policier 2001 n°224, 222 p.

     

Un homme traqué court dans une rue de Philadelphie. Il cherche un bar, sachant y trouver son frère… Dans ce bar, Eddie pianote, il est ailleurs, étranger à lui-même. Il observe à la dérobée Lena, la nouvelle serveuse qui s’affaire, puis il regarde ses doigts courant machinalement sur le clavier. Personne n’écoute vraiment, le fond musical fait partie du décor pour les buveurs alignés sur quatre rangs devant le bar où s’active la patronne du « Hut », la solide Harriet. Auprès d’elle, Wally Plyne, le videur, fait régner l’ordre. 
L’homme aux abois, le visage amoché, déboule et quémande l’aide d’Eddie. C’est Turley, l’un de ses frères. Deux hommes de main d’un gang, lancés à ses trousses, pénètrent à leur tour au « Hut ». Ils veulent récupérer les 200 000 milles dollars que Turley et Clifton, l’autre frère, ont chourré dans le coffre de l’organisation. Turley arrive à leur échapper… Eddie et Lena rentrent chez eux après la fermeture… Ils sont poursuivis à leur tour… 

Comme à la guerre 
  

Après une longue ouverture, David Goodis installe le suspense avec une grande habileté en ne révélant qu’à la moitié du livre la véritable histoire d’Eddie. Eddie, le minable, a été par le passé le prometteur Edward Webster Lynn, concertiste à Carnegie Hall. Elevé dans une ferme où ses parents cultivent des pastèques au cœur d’une forêt du South Jersey, le jeune Edward apprend le piano avec son père. Doué, il donne des petits concerts, puis il est repéré par Alexander, un impresario qui fera de lui un virtuose. La guerre dans le Pacifique interrompt son ascension. De retour, il devient professeur de piano. Il épouse par amour Teresa Fernandez, une jeune créole portoricaine à qui il donne des leçons. Enfin, il décroche un contrat pour une série de concerts. Son avenir est lumineux. Las ! Teresa se défenestre après lui avoir avoué qu’elle a succombé aux avances d’Arthur Woodling, son nouvel imprésario. C’est le début de la déchéance d’Eddie marquée par des accès de violence inouïs. Puis vient le temps du repli sur soi, le temps de sa retraite intérieure quand les événements, les gens et les choses n’ont plus aucune prise sur lui… il joue dans ce piano-bar pour quelques dollars … 

Le retour 

pianisteDepuis l’arrivée de Lena, il ressent une attirance envers elle. Il s’y refuse… Au cours d’une rixe avec le videur, Eddie lui plante un couteau dans la poitrine. Lena et Eddie s’enfuient vers la ferme familiale du South Jersey où se planquent Clifton et Turley. Mais les hommes lancés à leur poursuite arrivent à les débusquer. Dans l’échange de tirs, Lena est mortellement blessée. La mort a une nouvelle fois emporté la femme qu’il aimait en secret. De nouveau, le voici au fond du trou sans fond du désespoir... Clarice, une pute au grand cœur, le ramène progressivement à la vie et le conduit au « Hut », l’installe au piano. Eddie plaque quelques accords. Eddie, au regard perdu, joue pour les poivrots du « Hut ». Le pianiste est de retour… 
En la personne d’Eddie Lynn, David Goodis nous offre l’archétype du loser, authentique figure goodisienne. Son personnage présente une fêlure intime qui le marque à vie. On assiste à sa chute sans rédemption possible. Toute tentative pour entraver celle-ci est vouée à l’échec. 

Un blues 

A bien des égards, Goodis est le romancier de la désespérance, du destin noir de la condition humaine, de la fatalité mauvaise. Son style distille l’insignifiance des ratés de l’existence. Pour la transcrire dans Tirez sur le pianiste !, l’auteur utilise fréquemment le monologue intérieur, celui-ci est parfois double et se répond, pour signifier le combat incessant qu’Eddie se livre à lui-même pour agir. Si un lecteur inattentif ou pressé peut s’agacer de voir l’auteur tirer à la ligne dans des dialogues interminables, il se prive d’entendre cette lancinante musique l’engloutissant lentement dans ce récit « atmosphérique » qui bouleverse l’âme. 
Ce livre n’est qu’un long blues déchirant. Du noir magnifique !

Adaptation au cinéma de François Truffaut, 1960

La notice de Tranchecaille figure dans ce blog ICI 

Site de "813"  ICI 

 

 

 

 

Tag(s) : #Coup de pouce aux ami(e)s

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