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Proadnuit.jpgYann Le tumelin a lu Scarelife

La balade sauvage de Max Obione

Si les bons vieux road-movie/story ont souvent besoin d'espaces (américains), il n'y a aucune raison pour que ce soit toujours un yankee qui nous trace la route, et à ce titre Max Obione s'en tire très bien dans son dernier roman, un Scarelife nerveux et tranchant à souhait.
Libéré sur parole après 10 ans de prison et une condamnation pour meurtre, Mosley Varell vivote dans un coin paumé du Montana, en compagnie de Tana, une ancienne actrice de soap au sale caractère et qui "gonfle, boudine, boursoufle, déborde de partout".
Question carrière, Mosley n'a rien à lui envier. Hormis un biopic pour un projet de film sur l'écrivain maudit David Goodis, c'est un scénariste raté de dessins animés débilitants.
Bref, la vie s'écoule paisible comme un torrent de boue entre ces "deux solitudes que la vie ne console pas de ce qu'ils sont devenus".
Jusqu'au jour où Mosley reçoit une lettre à l'encre bleue, une lettre de son salaud de père. Peut-être parce qu'il faut bien faire face à ses démons, il fait son sac, quelques fringues et plusieurs paires de gants de soie pour protéger ses mains purulentes - un eczéma particulièrement virulent - et s'en va pour le Sud.
Des démons, Mosley en a aussi pleins la tête et ne va pas tarder à leur céder du terrain. De Missoula à La Nouvelle-Orléans, il entame un road-movie sanglant et sans espoir de retour.
Sur son chemin de croix, il va croiser pas mal de monde et donner l'extrême-onction à quelques-uns, persuadé de bien faire d'ailleurs, comme avec cet ancien combattant infirme dont il vient de se taper l'épouse ou ce routier avec son chargement de bibles qui n'arrête pas de le bassiner avec ses bondieuseries.
Un vrai samaritain ce Mosley. Le coeur sur la main et une bonne giclée de sang par-dessus ! Pas désagréable pour autant, un brin d'humour, avenant et toujours prêt à dépanner son prochain (j'ai beaucoup pensé à Martin Sheen et à La Balade sauvage de Terence Malick). Sauf que ce n'est pas l'avis d'Herbie Herbs, dit le "Nain", un flic qui l'a arrêté il y a bien longtemps mais ne s'est jamais remis de la clémence des juges envers son ennemi personnel. La chasse commence, et le territoire est immense.

Alternant différents récits - la traversée américaine de Mosley (qui fait figure de narrateur), la croisade d'Herbie le nabot et les extraits d'un biopic sur David Goodis (j'ai particulièrement aimé ces pages et ces scènes imaginaires, d'autant plus qu'on ne sait pas grand-chose de cet écrivain et de ses escapades) -, Max Obione emprunte aux mythologies américaines pour un chouette (mais trop court !) moment de lecture, dans une ambiance poisseuse - à la Goodis - et poissarde en compagnie d'un clochard céleste psychopathe.
En passant, il nous fait aussi le coup de "l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours", puisqu'il nous parle d'un homme qui raconte la virée d'un autre qui raconte les virées d'un David Goodis... Ultime pirouette d'un roman enlevé qui fait défiler le bitume à 100 à l'heure et se lit d'une traite.
Un bon p'tit polar, comme on dit. Et même un peu plus que ça.

Conseil(s) d'accompagnement : même s'il est plus sombre et moins burlesque, Scarelife m'a fait penser par certains aspects au roman de Rich Hall, Otis Lee Crenshaw contre la société. L'occasion de vous recommander une fois de plus ce formidable roman paru il y a quelques semaines aux éditions Rivages.

(sur Moisson noire - mars 2010)
Lire absolument sur le même site, l'interview de Dominique Manotti. LIRE

Tag(s) : #Ils ont lu...

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