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114.jpgLe numéro de la revue 813 consacré à "Boxe et Polar" sur lequel je travaille depuis un an est sorti ! La couverture est dûe au talent de notre ami Romain Slocombe. Ce numéro contient également un portfolio de Hugo Miserey consacré au Ring Olympique Dieppois (série en cours).

Vous trouverez ci-après mon papier introductif et pour vous "teaser" vous avez la possibilité de le feuilleter.

 

Feuilleter

 

En étant adhérent à l'association 813 Les amis des littératures policières, vous avez droit à 3 numéros par an + un cadeau (en général un bon gros polar),mais on peut l'acheter au numéro. ICI

 

UNE FIGURE OFFERTE DE LA MORT

 

Il y a des sujets qui s’imposent comme des évidences. Lorsque j’ai proposé un numéro spécial consacré au rapport de la boxe (1) et du polar, l’accord fut immédiat et unanime. Cette thématique étant riche de grands romans noirs, la revue se devait en effet de l’aborder tôt ou tard.
Cette fascination de la boxe exercée sur les écrivains, de quoi est-elle le nom ?  Sans doute parce que le tragique de l’existence se plaque sur le « tragique de la boxe ». Et que dans ses arrière-cours, ce sport pugilistique offre tous les ingrédients du genre noir, présente des personnages de durs à cuir, de fieffés truands, retrace des destinées lamort.jpgcruelles de pauvres bougres, dévoile des femmes vénéneuses. Ainsi le territoire du polar et du roman noir allait-il être envahi de rings, de salles d’entraînement,…  de types faméliques, d’escrocs mirifiques, de personnages interlopes, de vamps dévoreuses d’énergie… en bref, de la sueur, du sang et du fric, la matière première constituant les briques d’histoires noires à souhait.
Qualifié de « noble art » par les puristes, la boxe professionnelle, dans une scénographie immuable et un environnement héroïsé,  n’en reste pas moins un affrontement où se combinent destins individuels, trajectoires sacrificielles, et combines, voire truquages. Ce ne sont que des « vieilles histoires de gladiateurs », résume Alexis Philolenko dans sa monumentale Histoire de la boxe. Sur un ring « carré », cependant, avant tout, « ce qui fascine dans la boxe, c’est la capacité de résistance d’un homme, l’aspect dramatique du combattant... »
De ce point de vue, la boxe fut et demeure un sujet littéraire dont se sont emparés de très nombreux écrivains réunis devant un affrontement de deux hommes jouant le « drame de la vie dans leur chair ». On peut dresser la longue liste : Homère, Virgile, Charles Baudelaire, Théophile Gautier, Jules Vallès, Arthur Conan Doyle, Raymond Queneau, Jean Prévost, Louis Hémon, Jack London, Arthur Cravan, James Ellroy, Norman Mailer, Ernest Hemingway, Joyce Carol Oates, Henri Montherlant, Paul Morand, Albert Camus, Jean Cocteau, etc. A la quelle s’ajoute la cohorte des auteurs du noir dont il sera question dans le présent numéro. Tous ces écrivains nous disent que « le dernier des hommes est encore notre frère ».
La boxe exerce donc un attrait indéniable sur les faiseurs de fiction. « Ecrire sur la boxe, ça m’intéresse comme expérience littéraire », nous dit récemment David Fauquemberg, auteur de
Mal tiempo
(10/18). Dans la mise en œuvre des récits, on peut différencier deux approches : la première place la boxe et les protagonistes de ce sport au cœur de l’intrigue dans son entier, on relèvera dans cette catégorie Le roi du KO de Harry Crews, par exemple ; la seconde est plus modeste, l’auteur nous présente un unique épisode de boxe au cœur du roman, l’un des exemples le plus « frappant » (sic) figure dans Moisson rouge de Dashiell Hammett.

En plein dans le mille


Le polar a trouvé dans la boxe un giboyeux terrain d’aventures littéraire. Ainsi de grands livres maillent-ils l’histoire du genre ; ils seront évoqués dans l’article de Claude Mesplède.
Loïc Wacquant dans sa préface à Un steak de Jack London nous présentera ce qui est sans doute l’un des textes le plus important, presque fondateur, de cette littérature.
Quelques champions d’exception, et même quelques matches, ont été érigés au rang de 813-P_R.jpgmythes, tel le combat Muhammad Ali contre Foreman à Kinshasa (Zaïre) en 1974; la relation qu’en a faite Norman Mailer dans Le combat du siècle (Folio) sera évoquée par Hervé Delouche.
Quelques notices rappelleront également quelques titres majeurs, ceux de Crews, Tosches, Muller, Burnett, Hemingway, Roux, Mc Ilvanney…

Aujourd’hui encore le thème est fécond, de jeunes auteurs explorent ou utilisent l’univers « boxique » au-delà des archétypes des romans dits de « ring » parmi lesquels nous distinguerons : Incardona, Marignac, Varenne, Georget, Guez…
Parmi les auteurs de polars existe une catégorie singulière : les auteurs boxeurs en activité ou ayant raccroché les gants. On y rencontre un grand devancier en la personne de Sir Arthur Conan Doyle, l’article de Thierry Saint-Joanis nous en tracera le portrait. Egalement plus proche de nous, citons Joseph Incardona et Rachid Santaki qui nous feront part tous les deux de leurs expériences sportives et littéraires entre l’esthétisme du beau geste ou la besogne d’un bourrin de la boxe.
L’univers de la boxe est source de fiction et dans ce champ, on retrouvera le compagnonnage du cinéma, de la photographie ainsi que de la BD.  Le cinéma a produit quelques chefs d’œuvre, parmi les grands films de « ring » qui seront analysés par François Guérif et Jeanne Guyon (Bernard Daguerre ?), citons entre autres le Raging bull de Martin Scorcese.

Le photographe Hugo Miserey présentera un portfolio d’une série de boxeurs dieppois. La rubrique BD de Frédéric Prilleux dressera l’inventaire des albums de « boxeurs dans les cases », au rang desquels nous trouverons l’extraordinaire Petites coupures de Vincent Gravé tiré d’une nouvelle de Joe Incardona (Les enfants rouges).
Gageons que ce numéro spécial vous incitera à lire ou à relire les grands polars consacrés à la boxe, dont certains font sentir immédiatement leur effet, tel un direct au plexus ! KO ! NOIR !
Max Obione
(1) Il s’agit principalement ici de la boxe – dite anglaise, la boxe française et les formes contemporaines du combat sur un ring utilisant les pieds, les genoux, les coudes et les poings : thaï, kick-boxing, etc. apparaissent peu ou pas encore dans le polar.

 

Georget-r.jpg

Philippe Georget auteur de "Le paradoxe du cerf-volant" (Jigal), lors du festival Sang d'encre de Vienne 2012 (photo Paul

colize)

 

 

 

 


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Jérémy Guez, auteur de "Balancé dans les cordes" (La tengo) prix des lycéens du Festival Sang d'encre

Tag(s) : #Mon actu

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