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Sous la signature de Gilles Lamy, l'hebdomadaire rouennais Liberté Dimanche a publié dans son édition du 17 janvier 2010 un papier me concernant dans sa rubrique « Sous le masque »
Le masque est-il tombé ?
Ou bien s'agit-il d'un autre masque ?
Les paris sont ouverts !

Tueries. On pourrait croire que Max Obione prend la plume comme un serial killer empoigne un automatique. Pour dézinguer tous ceux dont la tête ne lui revient pas. Un peu réducteur pour cet ancien magistrat de la chambre des comptes. Obione soigne aussi son style.

libdimanche01.jpgRendez-vous à l’Armitière avec Max Obione. Quoi de plus naturel pour un romancier... D’ailleurs, il a pris de l’avance. Histoire de ne pas repartir les mains vides. Surprise ! Dans les trois bouquins, rien qui ressemble à du noir... Un Michel Onfray « sur le sexe heureux », un livre signé Yves Simon sur Jack London « pour les photos », explique Max, et Le sarkozysme sans Sarkozy, de Serge Portelli, « pour entretenir la flamme de la résistance »...
« Je suis un grand lecteur, mais pas forcément de polars », avoue Max Obione. Il n’empêche. Si les goûts de ce fan bihorelais de Chicago blues semblent clairement placés sous le signe de l’éclectisme, le roman policier lui bouffe une bonne partie de son précieux temps de retraité.
A croire qu’il n’attendait que ça.   « J’ai toujours écrit. Depuis l’adolescence. Sans nourrir l’idée de devenir un jour romancier. Romancier, précise-t-il. Pas écrivain, c’est un peu prétentieux ». Il a donc attendu l’âge de 57 ans pour mettre le point final à son premier roman, Calmar au sang.
Un calmar qui devait d’abord être un Poulpe. « J’avais envoyé le manuscrit aux Editions Baleine. Mais à l’époque, la maison commençait à capoter et le manuscrit a été perdu dans les cartons ! ».  Dommage... Jean-Bernard Pouy, le créateur de cette collection de romans où chaque épisode est écrit par un auteur différent, l’avait beaucoup apprécié. Les Rouennais aussi : l’action se passe dans l’agglo de Méandreuse sur Seine dirigée par Jean Leprince, entre les Hodeux et Tiqueu...
A l’époque, Max l’avait donc gardé sous le coude. Le Calmar a naturellement été l’un des premiers titres de la maison d’éditions Krakoen, créée en 2004 par Max Obione « et deux copains ». Aujourd’hui, la maison d’édition bihorelaise commence à être connue. « On ne voulait pas de nous, on a monté notre propre maison, en optant pour le statut d’une association loi 1901. Dans l’édition, on doit être les seuls autogestionnaires en exercice ».
N’y entre pas qui veut: « Il faut que le roman tienne la route,- il y a un comité de lecture-  et que l’auteur ait un certain esprit ». Une fois que l’auteur est accepté, il supporte les coûts d’impression. « C’est de l’auto-édition mais l’auteur n’est pas tout seul ».
La mayonnaise prend. « Quatre de nos auteurs sont dans le Dictionnaire des littératures policières de Mesplède, se félicite Max Obione, et en 2008 quatre titres ont été sélectionnés par la bibliothèque des littératures policières de Paris parmi les 200 meilleurs policiers de l’année ». Le succès a son revers : « On reçoit des paquets de manuscrits. Sous toutes les formes. Parfois par mail... 300 pages en pièce jointe ! », se marre Max Obione en levant les yeux au ciel. « A croire que l’écriture de polar est devenue un sport national »... De toutes façons, Krakoen refuse de grandir: « On est une vingtaine d’auteurs, et il n’y en aura pas plus ».
L’édition lui prend déjà assez de temps. « Alors qu’avant, il fallait que j’insiste pour participer à des salons, aujourd’hui il faut que je sélectionne pour ne pas être pris tous les week-ends»...
L’ambiance y a l’air plutôt réjouissante. « Toute la polardie se retrouve, une bande de joyeux lurons qui ne crache pas sur le jaja. Il y en a même quelques sévères que je m’aventure pas les à suivre...». Le taux d’alcoolémie devrait baisser d’un cran au prochain salon. « Celui de Paris, fin mars. On présentera dix nouveautés ». Un salon où il vaut mieux ne pas se planter : « C’est la deuxième plus grande manifestation du livre, après Francfort ».
Elle est loin la Chambre des comptes de Haute-Normandie, où Max était magistrat. Pas bavard sur cette période, il ne s’inspire pas  dans ses romans des innombrables histoires qu’il a vues passer en jugement. « J’étais un cultureux égaré dans les comptes ».
Qu’importe, il ne manque pas de matière. « Même si je ne suis pas du genre à trimballer en permanence un carnet de notes sur moi, ou à prendre des photos. Un romancier, c’est une éponge ».
Une éponge qui en profite pour régler ses comptes. « Quelqu’un qui me fait chier, je le désaille. Je l’affuble d’un nom ridicule et je le massacre. C’est le côté thérapie du roman ».
Dans Le jeu du lézard,  l’art contemporain en fait les frais. « Je suis plus que réservé sur l’art contemporain, un art poubellien où tout tient dans le discours du peintre sur ce qu’il a voulu faire », explique celui qui en a subi quelques spécimens. « Pendant deux ans et demi, j’ai été directeur régional des affaires culturelles en Corse, juste après l’affaire des paillotes.  Je me souviens d’un artiste qui faisait dans l’arte povera, l’art pauvre, et que le Frac collectionnait. Il avait recopié la recette de la purée Mousseline. Il présentait une boule de fil de fer à six pattes, comme une araignée, qui avait été enduite de purée. L’artiste attendait que ça pourrisse. Quand je passais devant l’œuvre, je mettais un coup de pied dedans pour hâter la décomposition »...
Le romancier est en revanche un grand amateur de photo, à l’origine du Centre photographique dans les années 1990, devenu depuis le Pôle image. « Je voulais y exposer des œuvres plutôt abordables, puis amener les visiteurs à découvrir des choses un peu plus difficiles, raconte Max Obione, qui semble regretter le côté un peu intello que présente le Pôle Image aujourd’hui.
A la vitesse où ça dézingue parfois dans ses romans, on ne va pas faire ce reproche à Max Obione. « Le polar donne la possibilité de ne pas trop se prendre au sérieux, même si je travaille la forme, pour qu’aucun roman ne ressemble à un autre. Mais ce n’est pas une littérature nombriliste, psychologisante. C’est une littérature de mecs et de mecquesses où ça boit et où ça défouraille un max »...


Article paru dans Liberté Dimanche 17 janvier 2010

 

Tag(s) : #Rendez-vous avec moi...

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