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Dans quelques semaines sortira une nouvelle édition de mon roman Gaufre royale, sorte de novella déjantée dans la construction. Pourquoi ? Tout simplement parce que la première édition était épuisée. N’allez pas penser qu'on recycle mes textes anciens pour pallier une panne d’écriture, mon nouveau roman « américain » est annoncé pour le début de 2010.


Voici la nouvelle quatrième de couverture :

Encombré d'un corps démesuré, non guéri d'une enfance calamiteuse à Granville, envahi de fantasmes d'étrangleur et de bien d'autres travers, le détective privé Abel Salinas est décrit par le commissaire From, son ancien patron, ainsi : « Cent cinquante kilos de barbaque et  seulement une noix de gingin ! »  Tout un programme ! Au plan professionnel, c'est donc une truffe, un nullos, un besogneux de la filoche qui se voit confier par extraordinaire l'affaire de sa vie, une enquête sur une erreur judiciaire. Quand le roman s'ouvre, il fait la queue devant la marchande de gaufres sur la digue de Villers-sur-Mer. Ses pensées divaguent... la moindre sensation l'entraîne dans les épisodes de sa vie et de l'enquête qui dégringolent en avalanche, télescopent ses souvenirs et ses pulsions… Un remue-méninges en forme de polyphonie narrative.


Cette édition est augmentée d’une nouvelle « flaubertienne » intitulée Marcel Bovary ou L’épreuve par neuf. Du bovarysme saignant !

Pour vous allécher, voici un extrait de Gaufre royale. Le héros, gourmand invétéré, s’imagine déguster sa spécialité préférée :


[…] Tu passes devant les marchands de glaces et de gaufres. Tu lèves les yeux au ciel déjà heureux de savourer ta gaufre en pensée. Oui, tu rêves de cette gaufre royale comme un assoiffé au milieu du désert rêve d'eau fraîche. Ta main l'engage avec lenteur pour retarder la désagrégation de cette œuvre. Elle pénètre dans ma bouche, toute parée de mousse saupoudrée d'éclats de chocolats. Ma lèvre supérieure touche la première le rebord exprimant déjà pour mes narines qui la surplombent une amorce d'extase. Une légère pression de mes mâchoires et c'est une goutte, un flocon de crème, qui tombe sur mes papilles ; ma salive trop longtemps contenue se libère illico afin de participer à la cérémonie ; ma langue, mon palais sont en émoi instantanément ; ce coin du cerveau où – explique-t-on – réside le plaisir du goût ébullitionne ; je ne sais plus où donner de la tête, faut-il mâcher maintenant sachant que le désir assouvi ruine l'espoir si bon de le satisfaire qui t'habitait depuis si longtemps ? C'est intenable, qui pourrait résister ? Alors mes dents s'abaissent lentement et, presque à regret, entrent en action, et s'en viennent réveiller le chocolat fondant qui dort au fond de la structure alvéolée de la gaufre. Le mariage du cacao sapide et de la doucereuse Chantilly est fusionnel et, comme lors d'un baiser profond, mes yeux se ferment pour récupérer davantage de capacités sensorielles que cette bouchée exige. Puis vient la suite, le moment où je croque lentement le biscuit tiède de la gaufre, tendre et moelleux, comme aurait pu l'être le sein de ma mère, embarquant dans la bouchée complète ces parfums de sucre, de crème fraîche, de vanille, de cacao et d'épices. Presque ne pas mâcher, car on voudrait ne pas réduire à néant cet assemblage, seulement amalgamer ces goûts qu'il convient d'expédier au fond de soi pour régaler ce corps pesant qui espére tant cette récompense. Parce que cette première récompense en appelle une autre qui délivrera le même message de succulence, j'arrive à regret au bout du délice, les doigts poisseux et la bouche sucrée quand le nez ne garde pas une trace de neige. […]

A bientôt…

Tag(s) : #Mon actu

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