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En 2007 sur Rayon polar, Claude Le Nocher a posé à quelques auteurs la question suivante : « Le roman peut-il cultiver la prise de conscience citoyenne sur l’environnement et l’écologie (respect de la nature et du cadre de vie, pollutions évitables et risques pour la santé) ? »

Ma réponse actualisée :

La fiction romanesque lorsqu’elle flirte avec la proclamation propagandiste qu’elle soit politique entre autres ou écologique en l’occurrence est souvent d’une  lourdeur imbittable. Le didactisme chiant ne fait jamais une bonne histoire. Le roman ne saurait être un tract, un reportage, une démonstration du bien fondé d’une position. Ancré dans le réel, le polar hume l’air du temps, aujourd’hui cet air pue les gaz mauvais, tu bouffes de la m… ogéhémisée clandestinement, le climat te chauffe la couenne, tu balises pour tes mômes…, pendant ce temps-là les lobbies dopés aux multinationales te racontent des salades, subvertissent les élus du peuple, te soutiennent que le nucléaire, c’est vachement pas polluant en omettant toujours de chiffrer ce que coûte – en argent et en santé –  le traitement des déchets, le devenir des centrales en fin d’activité, quand on sait que la radioactivité demeure nocive durant des milliers et des milliers d’année. Quelles sont les institutions humaines qui sauront pérenniser au cours des siècles la protection des populations  contre ces radiations mortifères. Bonjour les vestiges contaminés !
Nabuchodonosor, ce n’est pas vieux à cette échelle, et ça te glace d’effroi. On t’empapaoute avec tous les rouages avisés (sic) de l’appareil d’Etat, le dernier avatar c’est le Grenelle de l’environnement avec toutes ces discussions et ses propositions finales, je parie ma chemise que les mesures gouvernementales ne seront que de la poudre aux yeux, pour amuser la galerie, tant que le mode de production qui dévore les matières premières, qui place la rentabilité et le profit au cœur de la démarche économique, qui revendique l’augmentation du taux de croissance au lieu de l’augmentation du taux de bonheur, Sarkubu est condamné fatalement à renier ses engagements d’estrade pour un monde écologique meilleur. Ne vient-il pas de virer du ministère la Koko-Morizet, une sous-ministre qui étudiait ses dossiers, elle.

En résumé, le roman peut évidemment s’emparer de ce « buzz » écologique. Mais le but premier du roman ne peut être la prise de conscience citoyenne sur l’environnement et l’écologie, si celle-ci existe elle ne peut être qu’accessoire, elle intervient en plus dans le cheminement de la pensée du lecteur, secouée par l’histoire qu’il vient de lire et dans laquelle sa sensibilité et son intelligence le conduiront ou non à réfléchir. Et s’il ne réfléchit pas, c’est sans importance au fond. Sinon, il faut mieux que le lecteur se fade un essai sur l’environnement et l’écologie. Si le bouquin est bon, il aura passé un bon moment. C’est déjà pas mal en toute humilité.


Perso, j’ai écrit un roman « Les vieilles décences », c’est une histoire de céréales qui leurrent, en l’espère il s’agit du blé transgénique cultivé en fraude dans la Beauce, sous licence d’une multinationale des semences. A la fin, mes deux héros font sauter un silo où le blé est stocké en vue d’être exporté vers l’Afrique car il présente quelques inconvénients pour la santé. On est en plein terrorisme, peut-être une réponse fatale à l’impossibilité de faire prévaloir l’intérêt général face aux lobbies. J’ose encore espérer que non.



Tag(s) : #Des fois - ça me démange...

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