Krakoen, la petite fabrique de polars que j'ai créée, sera à nouveau présente au salon du livre de Paris pour la 5ème année consécutive.
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L'autre jour, en surfant sur la FM, mon oreille a été captée par Jude Stefan qui
s'exprimait dans une émission littéraire de France Culture. Jude Stefan, admirable poète, méconnu du grand public, est également un nouvelliste. Et ces propos, à cet égard, m'ont intéressé. Il
avouait que sa création littéraire prenait son temps et sa profondeur au rythme de sa plume courant sur le papier. Le format court s'invente sans façon, ni arrière pensée, ça coule de source,
aurait-il pu dire. La première phrase entraîne la suivante jusqu'à l'épuisement au terme de quelques pages, jusqu'à la chute qui vient comme une cerise. Notre homme distillait ses paroles avec des
petites pointes d'ironie contenue, c'était un régal de pincesansririsme. Jude Stefan de surcroît est un créateur de mots, il engendre de nouveaux vocables qui demain feront florès ou non. Voilà
bien, un tenant de la langue vivante, rejetant aux calendes les fossoyeurs académiques et les petits commissaires de la syntaxe. J'ai retenu celui-ci: "manusturber", tout est dans la
précision manuelle devront reconnaitre les branleurs et les branleuses. Ma mémoire flanche, et je ne les ai pas notés. Dommage ! Pourquoi la nouvelle littéraire est-elle considérée en France comme
un genre mineur ? Jude Stefan a parlé du Goncourt de la nouvelle, ignoré des médias, avec une vachardise mouchetée qui m'a ragaillardi.
Senti, quoi ? ... LA MANIF !
Les comptoirs du
noir présentent
Max Obione dans tous ses états
10 février 2009
67 rue des Orteaux Paris 20°
à partir de 19 h
ATTENTION réservez vite, le lieu
est petit, l'idéal serait d'y dîner avant d'écouter les comédiens lire une sélection de mes nouvelles
mises en voix par Marie Pierre de Porta :
nouvelles de Max : Boulette (inédite), Attention à la marche, Tranx, Myriam trouble, etc.
également des textes de Thierry Quinzin, Sebastian Charles, Laurence Patri et Nicolas Jaillet
Infos utiles :
Chez Rita, 67 rue des Orteaux Paris 20° (en face le commissariat)
Pour s'y rendre : M° Maraichers ou bus 26 (quasi à la porte)
Téléphone : 01 44 64 76 09 pour ceux qui veulent réserver
Paul Maugendre a lu Les vieilles décences
Max Obione : Les vieilles décences. Editions Krakoen (1ère édition 2005 ; réimpression 2008).
Le Mat, inspecteur de police en retraite, et Raja, ex substitut du procureur, se promettaient d’attraper “ le Monstre ”, un énorme brochet, dans un étang de Mornelande à Villecourt, non loin de Chartres. C’est le cadavre d’un homme égorgé qu’ils remontent accroché à leurs hameçons. Dans les poches de ses vêtements ils trouvent un épi et des grains de blé. L’annonce dans un journal local que l’homicide serait en réalité un suicide attise leur colère. S’informant auprès du localier, Gaspard Métanier, Le Mat apprend que son article a été réécrit par le rédacteur en chef. Toutefois le pigiste promet de fournir une disquette qu’il placera sous la statue de Saint Antoine de Padoue, dans l’église du village. Sur les conseils avisés d’un bistrotier, Baduc, Le Mat loue une chambre chez l’habitant. Puis il se rend au lieu dit. En cours de route il tombe sur un attroupement. Un camion de pompier vient de blesser mortellement Métanier. Selon le brigadier Bléchard, qui avait procédé à l’enlèvement du corps du noyé, il s’agit d’un banal suicide. Bizarrement le conducteur s’est enfui. Raja le rejoint le lendemain. Dans le train il retrouve par hasard Spiegelman, un journaliste parisien qui doit enquêter sur les céréaliers et plus particulièrement sur une association dite la confrérie de Saint-Luperce. Il passe à la morgue de Chartres afin de vérifier l’identité du poisson humain. Mais le cadavre présenté ne correspond pas au leur. La disquette leur fournit le nom du faux suicidé : Mornand, un cultivateur qui se serait converti au bio. Après une soirée bien arrosée chez Baduc, lequel leur remet deux jetons permettant semble-t-il de s’introduire dans une officine de jeux clandestins, les deux compères prennent la route de la ferme de Mornand. Ils surprennent une troupe d’une douzaine d’individus habillés en para militaires se rendant vraisemblablement à un rendez-vous en pleine campagne tandis qu’un DC3 survole la région. Après une nuit réparatrice, ils se présentent à la ferme de Mornand qui semble abandonnée. Des oiseaux morts gisent ça et là. Ils se font passer pour des journalistes auprès d’un jeune écolo, instituteur de son état qui rend visite à Mme Mornand. Celle-ci est inquiète n’ayant pas de nouvelles de son mari depuis plusieurs jours. Selon l’instit, le principal adversaire de Mornand serait le vicomte Hubert Couillard de Hautemanière qui règne sur les céréaliers.
Sous un aspect futile et léger, dû principalement à l’humour dégagé par les deux compères, ce roman de Max Obione traite d’un sujet brûlant, celui des dérives agricoles, d’une façon lucide. Les méfaits des manipulations transgéniques, niées et cachées par les grands groupes chimiques et ceux qui préfèrent la rentabilité au principe de précaution, bafouant la santé de leurs concitoyens, ne sont pas toujours dénoncés avec la virulence qu’il faudrait. Max Obione ne délivre pas un message mais il met en avant certaines pratiques honteuses, même si cela ne conduit pas forcément jusqu’au meurtre. Quoique. Les exemples de fermes incendiées “ spontanément ” ; de troupeaux d’ovins décimés, appartenant à de jeunes éleveurs bio, deviennent par trop fréquents dans la vie courante, pour que ces événements soient naturels. Max Obione gratte où ça démange, et il serait souhaitable que d’autres personnes en prennent conscience, et pas uniquement des auteurs de romans noirs. Les personnages de Raja et Le Mat sont réjouissants, et méritent d’entrer dans la galerie des protagonistes atypiques. Quant aux autres figurants de cette histoire, bons ou méchants, ils méritent eux aussi des mentions très bien, quel que soit leur rôle, comme les acteurs à qui seraient décernés le César du meilleur second rôle.
Paul Maugendre - janvier 2009
Cette chronique est parue sur les sites de Rayon polar et de Bibliosurf
Brian Howard Clough est un footeux teigneux, un mal embouché, « une grosse tête et une grande gueule », un dingue de foot, de ce foot populaire anglais qui conjure la misère sociale de la working class le temps d’une soirée, le temps d’une biture. Dans cet univers impitoyable, Clough est un buteur de génie, promis à un avenir glorieux, réussissant à marquer 251 buts en 274 matchs en championnat D2 d’Angleterre durant les années 60. Puis un genou brisé au cours d’une partie ruine ses espoirs ; il entame alors une nouvelle carrière de manager avec toujours autant de hargne et de morgue. Clough devient le boss ambitieux du modeste Derby County qu’il conduit vers la gloire. Son job : « Repérer le talent, acheter le talent, puis gérer ce putain de talent. » Puis la machine à gagner s’enraye ; par ses déclarations à l’emporte pièce dans la presse et à la télé, Clough indispose les dirigeants. Il démissionne avec Pete Taylor, son pote de toujours. Relégué à Brighton dans un club minable de 3ème division, Clough est appelé pour prendre, par défi, les rênes du mythique Leeds United, le club du haïssable Don Revie, son adversaire irréductible, son ennemi de toujours. Ce club, il le vomit parce qu’ « ils sont dégueulasses » et qu’ « ils trichent ». Des putains de truqueurs ! Il va vouloir bousculer les mentalités et installer un jeu propre. Pour Clough, le foot, c’est la guerre, mais avec des armes propres . « Soit ils me font craquer, soit je les fais craquer. » Las, on va assister à la montée vers son calvaire en 44 stations, en 44 jours, en 44 chapitres crépusculaires d’une ambition foudroyée, d’un ratage.
Après Tokyo année zéro, David Peace nous livre une nouvelle histoire anglaise, apte à régaler même les lecteurs éloignés du monde footballistique par la force de son
style incantatoire (répétitions, allitérations, effets de transe), hallucinatoire et jubilatoire pour tout dire. Par ailleurs, la structure romanesque met en frottement deux récits à la
temporalité décalée, un récit relatant à la seconde personne l’épopée de Derby County et un récit à la première personne – Clough himself – le récit des 44 jours à la tête des
« Damned United ». Ces deux récits cheminent parallèlement, s’éclairent l’un l’autre, se répondent dans une forme de contrepoint romanesque dynamique exceptionnel. En dépit de
la multitude des personnages, des références, des particularismes, le lecteur néophyte en foot s’immerge dans une réalité sportive âpre et brutale, absorbe sans difficulté les péripéties du
chemin de croix du manager – météore – de Leeds United. Sa hargne de blaireau blessé réjouit comme une muflée au cognac Martell dont l’animal est friand.
Cette fiction fondée sur des faits réels est un putain de grand roman !
Certains font la fine bouche en classant Peace parmi les suiveurs de Ellroy, ils se trompent. Cet auteur n’est pas un « tâcheron honnête » du roman noir ; David Peace est un écrivain majeur à la « voice » singulière, un styliste au sommet de son art (coup de chapeau au traducteur), émergeant du lot des auteurs d’œuvres noires, œuvres trop souvent glabres et aseptisées en dépit des horreurs qui y sont décrites. David Peace, un immense raconteur d’histoires tragiques de l’insondable mystère humain.
Max Obione - 2008, paru dans le n° 103 de la Revue 813
David Peace
44 jours, The Damned United
Rivages/Thriller
La
lecture de Dunes froides, le troisième roman de Jeanne Desaubry, me rappelle le mot de Fernando Pessoa : « La littérature est la
preuve que la vie ne suffit pas ». En effet, l’imaginaire du médium reconstruit le réel insatisfait, le roman explique le monde. José Cabanis disait : « Je n’ai jamais
aimé que les livres où l’on entend la voix de l’auteur. Un écrivain écrit « à sa manière » qui permet de le reconnaître du premier coup d’œil, et il y a dans tout ce qu’il fait, çà et
là, « des bonheurs d’écriture ». Hors de là, il n’existe que des tâcherons. »
Dans ce roman, entre deux bourrasques de vent du Nord, on entend la voix de l’auteure – a voice – grâce à son écriture fluide parfois elliptique. Cette singulière alchimie opère, celle de la fusion d’une histoire et d’une manière unique de la raconter. Dans Dunes froides, on collectionne les petits bonheurs, le style est sec comme un verre de genièvre vert. Une coulée âpre dans la gorge. Cependant, ce livre travaillé ne sent pas la besogne du tâcheron, même d’un tâcheron honnête. Ce livre est une réussite, Jeanne Desaubry mobilise de mieux en mieux son talent détecté déjà dans son premier livre Hosto.
Il faut citer in extenso le texte signé Nigel Greyman qui accompagne la sortie de l’ouvrage : « Faisant suite à la flamboyance combative de l'héroïne de son précédent roman – Le passé attendra – le destin des personnages de Dunes froides s'accomplit dans une fatalité indépassable. Tout est contraste dans ce rapprochement. A la nature luxuriante de la Provence succèdent les stations balnéaires du Pas-de-Calais, à la saison hivernale de surcroît. D'où une atmosphère de désolation pétrie de vent, de dunes, de sables, de mer grise, de pluie, de villas closes, de froid, et encore de pluie omniprésente. La désolation est dans les cœurs également et mène au drame paroxystique - le crime passionnel. Le style asséché de l'auteure donne ce rendu d'esquisse, en clair-obscur, en ombres inquiétantes, introduisant un malaise au fur et à mesure qu'on découvre les versants noirs des personnages. Mensonges, dissimulations, constituent la trame de l'histoire au sentimentalisme dévoyé. " Les histoires d'amour finissent mal en général … ", est-il annoncé en exergue du livre citant un vers d'une chanson des Rita Mitsouko. Triste présage ! Méditation désespérante ! La démonstration s'effectue au long du roman, les strates des souvenirs sont une carapace empêchant l'émergence d'un bonheur simple, le passé douloureux resurgit ; de la vie cassée, aucun rafistolage sentimental ne peut conduire à l'accomplissement, à la fusion des êtres. Ce roman relate cette impossibilité, propre à la passion contrariée qui peut conduire à la pire extrémité. Utilisant les codes du genre, ce roman noir original vous enveloppe d'un grand manteau d'absence glacée. En refermant ce livre, on se prend à souhaiter pour soi-même une vie sans histoires... »
A lire sans délai !
4ème de couverture
Le sale temps de l’hiver a redonné aux immenses plages du Nord leur aspect de désert marin, glacial et mouillé. Le vent souffle, le sable cingle. Les villas sont closes. Toutes sauf une, cachée au milieu des dunes, occupée par un couple insolite. Victor Markievicz, la soixantaine passée, et Martha, trop jeune, trop fragile. Lune de miel atypique ou cavale ? Leur présence intrigue et excite le voyeurisme d’un personnage énigmatique. Après la découverte d’un cadavre rejeté sur le rivage, les relations perverses entretenues par le trio iront crescendo vers un dénouement aussi inattendu que dramatique.
232 pages, poche, 9,50 €
ISBN 978-2-916330-34-1
Livre édité chez Krakoen Détail
Photos : portrait de Peggy Hallas, couverture de Frédéric Duchesnay
En 2007 sur
Rayon polar, Claude Le Nocher a posé à quelques auteurs la question suivante : « Le roman peut-il cultiver la prise de conscience citoyenne sur l’environnement et l’écologie
(respect de la nature et du cadre de vie, pollutions évitables et risques pour la santé) ? »
Ma réponse actualisée :
La fiction romanesque lorsqu’elle flirte avec la proclamation propagandiste qu’elle soit politique entre autres ou
écologique en l’occurrence est souvent d’une lourdeur imbittable. Le didactisme chiant ne fait jamais une bonne histoire. Le roman ne saurait être un tract, un reportage, une démonstration
du bien fondé d’une position. Ancré dans le réel, le polar hume l’air du temps, aujourd’hui cet air pue les gaz mauvais, tu bouffes de la m… ogéhémisée clandestinement, le climat te chauffe la
couenne, tu balises pour tes mômes…, pendant ce temps-là les lobbies dopés aux multinationales te racontent des salades, subvertissent les élus du peuple, te soutiennent que le nucléaire, c’est
vachement pas polluant en omettant toujours de chiffrer ce que coûte – en argent et en santé – le traitement des déchets, le devenir des centrales en fin d’activité, quand on sait que la
radioactivité demeure nocive durant des milliers et des milliers d’année. Quelles sont les institutions humaines qui sauront pérenniser au cours des siècles la protection des populations
contre ces radiations mortifères. Bonjour les vestiges contaminés !
Nabuchodonosor, ce n’est pas vieux à cette échelle, et ça te glace d’effroi. On t’empapaoute avec tous les rouages avisés (sic) de l’appareil d’Etat, le dernier avatar c’est le Grenelle de
l’environnement avec toutes ces discussions et ses propositions finales, je parie ma chemise que les mesures gouvernementales ne seront que de la poudre aux yeux, pour amuser la galerie, tant que
le mode de production qui dévore les matières premières, qui place la rentabilité et le profit au cœur de la démarche économique, qui revendique l’augmentation du taux de croissance au lieu de
l’augmentation du taux de bonheur, Sarkubu est condamné fatalement à renier ses engagements d’estrade pour un monde écologique meilleur. Ne vient-il pas de virer du ministère la Koko-Morizet, une
sous-ministre qui étudiait ses dossiers, elle.
En résumé, le roman peut évidemment s’emparer de ce « buzz » écologique. Mais le but premier du roman ne peut être la prise de conscience citoyenne sur l’environnement et l’écologie, si celle-ci existe elle ne peut être qu’accessoire, elle intervient en plus dans le cheminement de la pensée du lecteur, secouée par l’histoire qu’il vient de lire et dans laquelle sa sensibilité et son intelligence le conduiront ou non à réfléchir. Et s’il ne réfléchit pas, c’est sans importance au fond. Sinon, il faut mieux que le lecteur se fade un essai sur l’environnement et l’écologie. Si le bouquin est bon, il aura passé un bon moment. C’est déjà pas mal en toute humilité.
Perso, j’ai écrit un roman « Les vieilles
décences », c’est une histoire de céréales qui leurrent, en l’espère il s’agit du blé transgénique cultivé en fraude dans la Beauce, sous licence d’une
multinationale des semences. A la fin, mes deux héros font sauter un silo où le blé est stocké en vue d’être exporté vers l’Afrique car il présente quelques inconvénients pour la santé. On est en
plein terrorisme, peut-être une réponse fatale à l’impossibilité de faire prévaloir l’intérêt général face aux lobbies. J’ose encore espérer que non.
Les nouveaux Mardis
Noirs s'installent pour un trimestre d'essai chez Rita au 67 de la rue des Orteaux à Paris dans le 20ème, (en face du commissariat), exceptionnellement pour la première soirée
de l'année, ils auront lieu
Je
connais Cesare Battisti par la presse et par les conversations avec ses soutiens nombreux à l'occasion des salons ou festivals. Je ne l’ai jamais rencontré, je n'ai lu aucun de ses livres.
J'ai suivi la rupture causée par Chirac-Sarkosy de l'engagement souscrit par Mitterand afin de clore ces années terribles vécues par nos amis italiens, ses démêlés, sa fuite de la France sans
parole, etc. J'ai admiré le combat sans relâche et désinteressé de son comité de soutien et en particulier celui de Fred Vargas. D’emblée, j’eus pour lui la sympathie que je ressens envers tout
proscrit. Qu’il veuille ne pas subir la justice de Berlusconi, on peut le comprendre lorsque c’est l’esprit de vengeance qui est convoqué à l'encontre des anciens brigadistes rouges et que
l’accusation repose sur les dires d’un repenti qui a voulu sauver sa peau en le chargeant du crime dont on l’accuse. Président Lulla da Silva vous remontez dans mon estime. Et quelle leçon
infligez-vous à la soi-disant patrie des droits de l'homme ! Hélas, une punition demeure, on ne reverra pas Cesare en France, souhaitons-lui de trouver la sérénité dans son nouveau pays
d’adoption. La lutte a payé !
Les zondits