Mardi 8 décembre 2009 2 08 12 2009 08:13
Nos amis Brésiliens viennent de mettre en place une pétition adressée au président Lula, lui demandant d’accorder à Cesare Battisti l’asile présidentiel. En effet, l’extradition de Battisti vers l’Italie dépend seulement à présent de la décision du président Lula, qui l’annoncera vers février 1010.

Fred Vargas se démène sans compter. Son combat est le nôtre aussi. Si vous souhaitez, avec beaucoup d'autres, signer la pétition brésilienne adressée au Président Lula pour la non-extradition de Cesare Battisti et son maintien au Brésil, voici la  marche à suivre :

- Aller sur le site :
http://www.petitiononline.com/mod_perl/petition-sign.cgi?btstlng

- cliquez sur “Read the Asilo Presidencial para Battisti Petition”

- le texte de la pétition apparaît en portugais (voir ci-dessous le texte en français et en anglais)

- encodez votre nom et adresse mail (avec un commentaire si vous le souhaitez)

- cliquez sur “Preview your signature”

- puis cliquer sur “Approve votre signature”

Rappel de l'affaire :

Vous savez que Cesare Battisti fut condamné, en son absence, à la prison à perpétuité en 1988, pour deux crimes directs et deux complicités de crimes commis en 1978 et 1979, il y a trente ans, durant les années de plomb italiennes. Vous savez que Battisti fut jugé en Italie lors d’un premier procès, entaché de nombreuses tortures avérées, qui ne le condamna pour aucun des quatre crimes commis par le groupuscule des PAC. Vous savez que Battisti a toujours nié avoir tué quiconque. Et en effet : le second procès, mené en son absence, n’apporta pas la moindre preuve matérielle contre lui, ni un seul témoignage oculaire. Battisti fut condamné exclusivement sur la “parole” des membres du groupe accusés, qui avaient choisi le statut de “repentis”, c’est-à-dire qui gagnaient de considérables remises de peine en échange de leurs accusations. Ce fut essentiellement le chef du groupe, Pietro Mutti, qui chargea Cesare Battisti de ses propres crimes et de ceux de ses camarades. Il ne fit que huit années de prison.

Il est essentiel de rappeler, concernant le premier homicide des PAC, que Pietro Mutti fut accusé par deux enquêtes policières d’avoir tiré sur Santoro, concernant le 2e homicide, que Memeo, Fatone, Massala et Grimaldi composèrent seuls le commando contre Torregiani, concernant le 3e homicide, que Giacomin avoua avoir tiré sur Sabbadin, et concernant le 4e homicide, que l’arme qui tua Campagna appartenait à Memeo, et que l’agresseur mesurait vingt centimètres de plus que Battisti.

Tout au long de ce procès italien, on prit soin de représenter Battisti en fabriquant trois procurations, afin de rendre la sentence irréversible. Une expertise attesta en 2005 la falsification de ces procurations, visible à l’œil nu. Cet usage de faux démontre à lui seul le piège des repentis dans lequel tomba Battisti.

Face à cet ensemble de faits et à la démesure de l’acharnement politique du gouvernement italien contre cet homme, devenu un trophée-symbole pour l’Italie, le ministre de la justice brésilien, Tarso Genro, accorda le refuge politique à Battisti en janvier 2009, ce qui devait éteindre légalement le procès d’extradition en cours. Mais, pour des raisons de luttes politiques internes, le Tribunal Suprême Fédéral du Brésil décida de passer outre et de poursuivre, et une courte majorité de ses juges (5 à 4) choisit d’ignorer tous les faits convergeant vers l’innocence de Battisti, de nier la nature politique des crimes (ce qui empêche l’extradition au Brésil), de déclarer “illégal” l’acte de refuge du ministre de la Justice, et de l’extrader. Sentence exclusivement politique, sans aucun respect pour la vérité des faits.

Nos amis Brésiliens, mobilisés pour la défense d’une véritable Justice et non pas d’une justice politique, mobilisés pour la défense d’un homme qui n’eut jamais dans sa vie l’occasion de répondre à un juge, qui servit de bouc émissaire à ses anciens camarades puis d’enjeu politique en Italie, en France et au Brésil, ont à présent besoin de notre aide. Nous pouvons la leur apporter en signant la pétition brésilienne. 
Fred Vargas

(Un petit tour dans le passé récent  : La France, soi-disant patrie des droits de l'homme, a renié sa parole donnée par le président François Mitterrrand d'accueillir les exilés politiques italiens ayant abandonné toute action violente. C'est la raison pour laquelle Césare s'est échappé en Amérique latine évitant l'extradition vers les geôles berlusconiennes et la vengeance d'Etat)


TEXTE PÉTITION :

Au Président du Brésil, Son Excellence Luiz Inácio Lula da Silva
persécuté politique, Cesare Battisti. Nous demandons à Votre Excellence, qui préside le gouvernement le plus populaire de l'histoire du Brésil, que, au moment voulu, Elle ACCORDE L’ASILE POLITIQUE SOUS RESPONSABILITÉ PLes soussignés viennent, très respectueusement, présenter à Votre Excellence toute la force et l'aide pour que votre gouvernement REJETTE les pressions intenses et arrogantes qui tentent d'imposer l'extradition de l’écrivain et du RÉSIDENTIELLE à Battisti, en lui garantissant, ensuite, une formule migratrice permanente, pour qu’il puisse faire venir sa famille dans ce pays et travailler dans la paix. Comme Votre Excellence le sait, Cesare Battisti a été condamné à la prison à perpétuité sans lumière solaire (une punition qui n’existe plus maintenant dans aucun pays civilisé !) pour quatre crimes POUR LESQUELS IL N'EXISTE PAS UNE SEULE PREUVE NI UN SEULTÉMOIN OCULAIRE, toute la procédure ayant été forgée à partir de DÉLATIONS PREMIÈRES [note =équivalent brésilien de « témoignages des repentis »]. Outre que les instigateurs italiens ont, ridiculement, attribué à Battisti deux homicides s’étant produits dans un intervalle de temps insuffisant pour couvrir la distance entre les deux villes, de sorte que l'accusation a dû être réécrite quand cette impossibilité matérielle fut démontrée, son principal délateur en arriva à être réprimandé par le magistrat d'une autre procédure en contumace dans laquelle il énonçait de fausses accusations.
Votre décision, M. le Président, sera aussi une attitude de PROTECTION de l'INSTITUTION du REFUGE/ASILE, sérieusement menacée par l'invasion du STF [note : Tribunal Suprême Fédéral] dans le secteur de l'Exécutif. Ce sera aussi une démonstration d'affection envers notre peuple, humilié, insulté et injurié de manière obscène par les autorités italiennes, avec l'aide des élites brésiliennes colonisées et servantes (spécialement les médias). Battisti a écrit 17 livres, a fondé deux revues virtuelles, a organisé de nombreux congrès culturels et la 1ª Bisannuelle d'Arts Graphiques du Mexique. Il sera aussi utile pour notre culture que le fut, quand il s'est réfugié au Mexique, l’auteur Gabriel Garcia Márquez (signataire, d’ailleurs, d'un message d'aide à Battisti). Le salut de Battisti sera le couronnement de HUIT ans de lutte pour la conservation de la dignité, de l'indépendance et de la générosité de notre peuple. Respectueusement,  

les Soussignés

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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 12 2009 18:16
Roger Balavoine m'a interviouvé le 1er décembre 2009 dans le cadre de son émission Etat d'esprit sur la radio RCF Haute Normandie.
Près d'une demi-heure de discussions à bâtons rompus sur mézigue et les éditions Krakoen.



On peut écouter l'émission ICI
Le site de RCF

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Vendredi 27 novembre 2009 5 27 11 2009 07:28
Mon ami Mouloud Akkouche a publié sur le site Rue 89 l'article suivant pour dénoncer l'absence de politique du livre du tandem Sarko/Mitterrand:


Derrière Camus, l'adieu au livre au ministère de la Culture
Par Mouloud Akkouche



D'une main, le président de la République veut déterrer Albert Camus pour le panthéoniser et, de l'autre, il enterre le livre et la lecture en France. Effectivement, un décret daté du 15 novembre supprime carrément le poste de directeur du livre et de la lecture au ministère de la Culture pour le transformer en directeur général des médias et des industries culturelles.


L'effet Camus n'est donc qu'une manœuvre du prestidigitateur de l'Elysée pour camoufler la casse annoncée du livre en France. Bien joué ! Un beau leurre médiatique, sans compter les éructations nauséabondes de Eric Raoult jaloux de ne pas passer à la postérité comme Marie N'Diaye.

Très peu d'échos de cette suppression dans la presse, à part François Bon et l'excellente initiative - salutaire provocation au débat public -malheureusement pas du tout suivie de Lalie Walker et Francis Mizio.

Les fossoyeurs du livre ont-ils gagné la guerre ou juste une bataille ?
Le livre avait déjà beaucoup de mal à résister à la conjoncture économique et à notre époque de l'image. Et pour l'aider, notre ministre de la Culture, auteur lui-même et neveu d'un passionné de littérature, n'a pas trouvé mieux que de supprimer la direction qui lui était consacrée. Une page se tourne, peut-être la dernière.

Très mauvais horizon pour les auteurs, lecteurs, libraires, bibliothécaires, critiques, éditeurs, traducteurs… sur une planète éditoriale qui n'était déjà pas au beau fixe. Après la Poste, l'Education nationale, le secteur de la Santé, la série noire continue au pays de Voltaire.

Mais, cette fois, la casse de la lecture et du livre risque de passer complètement inaperçue. Une manif de bibliothécaires, auteurs, libraires, éditeurs, journalistes, attachées de presse, sera sans aucun doute moins efficace qu'une prise de bitume par des cheminots, pompiers, enseignants.

La marge de manœuvre est aussi étroite que l'esprit des technocrates ayant eu cette belle idée. Ont-ils lu dans leurs livres d'Histoire que les dictateurs adoraient au dessert les livres flambés ? Bien sûr, j'exagère et cette suppression n'a rien à voir avec la période sombre du pays de René Char. Cela dit, attention à la crise de foie démocratique.

Frédéric Mitterrand n'en parlera pas à Montreuil.
Dix jours après ce décret s'ouvre le salon international du livre Jeunesse à Montreuil. Frédéric Mitterrand quittera son quartier de la place Valois pour aller l'inaugurer. Quel sera le contenu de son discours d'ouverture ? Fera-t-il allusion à la grande décision prise récemment ?

Pas du tout. Il évoquera le rayonnement de la littérature jeunesse et saluera le travail réalisé par tous les acteurs de la chaîne du livre sans qui cette manifestation ne pourrait se tenir :

« La vitrine de notre pays qui s'est toujours battu pour la création littéraire. Blabla…. Merci à untel, merci à une telle… »

Et, cornaqué par une poignée de collaborateurs, il ira serrer les mains qu'on lui désignera et retraversera la Seine. Sur le chemin du retour, il relira « Martin Eden » de Jack London et trouvera formidable la trajectoire de cet auteur né sans livres. Espérons que le décret du 15 novembre ne vienne pas perturber sa lecture.

A quand le dernier livre publié, les librairies transformées en bars branchés, les bibliothèques en horlogeries de luxe, les maison d'édition en boîte de nuit… Autres temps, autres mœurs. Mais pas de panique, nous pourrons regarder en boucle les œuvres de Dany Boon et, pour changer de registre, celles de Jean-Marie Bigard. Peut-être aurons-nous droit aux oeuvres complètes de Guaino ?

Albert Camus écrivait « Je fus placé à mi-distance de la misère et du soleil ». Aujourd'hui, on aurait plutôt tendance à écrire : « Nous survivons entre casse sociale et inculture bling bling“'.

PS : Cher Ministre de la Culture-sans-livres, jetez un p'tit coup d'œil gauche de l'entrée du salon du livre Jeunesse et vous découvrirez un ‘magnifique'’ camp de Roms à ciel ouvert dans la carcasse d'une usine. Cette vision vous rappelera-t-elle la lecture de Panait Istrati ?
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 11 2009 18:18

Marc Meneguz sur l'excellent site belge Bibliotheca a été le premier à se manifester à la lecture de la nouvelle édition de Gaufre royale :

« Gaufre royale
de l'écrivain français Max Obione est un court roman policier tout à fait exceptionnel qui retrace les quelques minutes de divagation d'un personnage dans la file d'attente d'un gaufrier. La moindre sensation l'entraîne dans le passé, que ce soit son enfance, ou alors cette affaire criminelle qui l'a mené jusque là. Et c'est cette forme originale que l'auteur donne à son roman qui constitue l'intérêt principal au roman. L'intrigue n'est en effet pas trop fouillée, mais le lecteur accroche à cette narration, qui semble extraite directement des pensées de Salinas. Le passé se mêle au présent, les souvenirs réels aux fantasmes. Rien n'est clair, mais à aucun moment la continuité du récit n'est perturbée. Écrit dans un style riche et très vivant, Gaufre royale se lit d'une traite, on accroche dès la première page et cela jusqu'à la fin.

Gaufre royale est un roman très original, un exercice de style très réussi qui en fait un roman policier des plus réjouissants.

Le roman est suivi de la nouvelle Marcel Bovary ou L'épreuve par neuf, une farce bovarienne dans le style de Flaubert qui conte la vie d'un homme qui s'ennuie jusqu'au jour où arrive dans le manoir voisin du bourg une belle aventurière dont l'homme tombe éperdument amoureux.

Un livre à découvrir ! »

Accéder au site

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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 11 2009 07:23
« Il s’appelait Didier…M.... Veilleur de nuit lourdé de sa boîte de gardiennage. Je l’avais défendu devant les Prud’hommes de Coutances. Inutilement. Le patron l’avait surpris en train de roupiller. Je l’ai revu après, à l’Union locale, il rebossait aux abattoirs de Saint-Lô et avait pris sa carte. J’attendais dans le baraquement de l'interpro, avec quarante pelés. Un ponte de Paris devait descendre avec un gars du syndicat des mineurs d’Angleterre. Au bout de 10 mois de grève, il fallait les soutenir et ramasser quelques billets au passage. Comme ça durait, on a habillé Maguy Tasdechair pour l’hiver. Assis devant moi, le Didier était ailleurs, les oreilles truffées d’écouteurs, un cassettophone à piles sur les genoux, la musique grésillait. J’ai tapoté son épaule. Il s’est retourné :

— Hon, ah c’est toi ! qu’il dit.

— T’écoutes quoi ?

— Londonne colline… qu’il répondit.

— C’est bien ?

— Taka ! qu’il dit en me tendant un écouteur que je carrai dans mon oreille.

Penché à le toucher presque. Il sentait l’eau de Cologne. »

C'est ainsi que j'ai découvert les Clash par un bel après-midi d'avril 1984.

 

Le recueil collectif de nouvelles sur les Clash et leur album fétiche « London calling » vient de sortir chez Buchet-Chastel sous le titre  « London calling ».


London calling, 19 histoires rock et noires, Buchet-Chastel, 216 pages, 17 €


 

Le célèbre album London Calling du groupe The Clash fête ses trente ans en décembre 2009. Dix-neuf auteurs français lui rendent hommage à travers autant de nouvelles inédites, chacune inspirée par l’une des dix-neuf chansons de London Calling. Ce qui donne des histoires tour à tour sarcastiques, haletantes, burlesques, tragiques, engagées, toujours noires – et toujours rock.


Une façon de prendre acte de l’évolution de la littérature noire : auparavant plutôt associée au jazz, elle voit aujourd’hui une nouvelle génération d'auteurs arriver, dont l'univers est très marqué par le rock – parmi lesquels : Jean-Hugues Oppel, Thierry Crifo, Pierre Mikailoff, Max Obione, Olivier Mau, Annelise Roux, Jan Thirion, Marc Villard, José-Louis Bocquet, Mouloud Akkouche, Michel Leydier, Jean-Noël Levavasseur, Thierry Gatinet, Sylvie Rouch, Jean-Bernard Pouy, Frédéric Prilleux, Christian Roux, Caryl Férey, Jean-Luc Manet.

 


Le recueil est précédé d’une préface d’Antoine de Caunes.

 


Chaque nouvelle est précédée d’une illustration noir et blanc en pleine page tirée d’une bande dessinée de Serge Clerc sur les Clash parue dans Métal Hurlant en 1980.

 

L'ouvrage présente également une chronologie du groupe et une mini bio/biblio des 19 auteurs issus de la mouvance polardière et rockéenne.


L'ouvrage a été dirigé par Jean-Noël Levavasseur à l'origine de l'initiative, bien connu des lecteurs de fanzines rock, avec qui, en compagnie de Frédéric Prilleux, nous avons publié « Stories of the Dogs » Hommage à Dominique Laboubée chez Krakoen. (A nouveau disponible en version collector "bleu", chez votre libraire ou sur Internet > lien)


Chaque auteur a composé sa nouvelle à partir d’un titre de l’album.  J’ai choisi Hateful.
Ecouter Hateful


Les titres et les auteurs en regard :

London calling Jean-Hugues Oppel

Brand new Cadillac Thierry Crifo

Jimmy Jazz Pierre Mikailoff

Hateful Max Obione

Rudie can’t fail Olivier Mau

Spanish bombs Annelise Roux

The right profile Jan Thirion

Lost in the supermarket Marc Villard

Clampdown José-Louis Bocquet

The guns of Brixton Mouloud Akkouche

Wrong’em boyo Michel Leydier

Death or glory Jean-Noël Levavasseur

Koka kola Thierry Gatinet

The card cheat Sylvie Rouch

Lover’s rock Jean-Bernard Pouy

Four horsemen Frédéric Prilleux

I’m not down Christian Roux

Revolution rock Caryl Férey

Train in vain Jean-Luc Manet


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Mercredi 4 novembre 2009 3 04 11 2009 06:52
Elle vient de sortir la nouvelle édition de Gaufre royale. Revue, corrigée et avec un cadeau bonus, une nouvelle inédite, "flaubertienne", à ma façon. Dans toutes les bonnes librairies...




Gaufre royale (nouvelle édition)

Max Obione

Polar

Collection "Forcément noir"

isbn 978-2-916330-43-3

Encombré d'un corps démesuré, non guéri d'une enfance calamiteuse à Granville, envahi de fantasmes d'étrangleur et de bien d'autres travers, le détective privé Abel Salinas est décrit par le commissaire From, son ancien patron, ainsi : « Cent cinquante kilos de barbaque et seulement une noix de gingin ! » Tout un programme ! Au plan professionnel, c'est donc une truffe, un nullos, un besogneux de la filoche qui se voit confier par extraordinaire l'affaire de sa vie, une enquête sur une erreur judiciaire. Quand le roman s'ouvre, il fait la queue devant la marchande de gaufres sur la digue de Villers-sur-Mer. Ses pensées divaguent... la moindre sensation l'entraîne dans les épisodes de sa vie et de l'enquête qui dégringolent en avalanche, télescopent ses souvenirs et ses pulsions… Un remue-méninges en forme de polyphonie narrative.


Un style jubilatoire

 


Ils avaient apprécié la première édition aujourd'hui épuisée :


Un court roman qui se lit d'une traite, en le savourant, bouchée après bouchée...
Patrick Galmel, Pol'Art noir

 

Un roman bien ficelé sur ce fil périlleux, plein de trouvailles langagières, d'une drôlerie de ton le disputant sans cesse à la cocasserie des situations.
Joël Jégouzo, Mauvais genre


Ce réjouissant roman au tempo vif est aussi ironique que malin. D'apparence désordonnée, la construction du récit est astucieuse.
Claude Le Nocher, Rayon polar



Suivi de "Marcel Bovary ou L'épreuve par neuf"


Marcel Bovary s'ennuie. Accaparée par sa profession de visiteuse vétérinaire, son épouse le délaisse. Quand une belle aventurière s'installe dans le manoir voisin du bourg, Marcel est foudroyé d'amour ! Du frottement de leurs épidermes jaillissent des promesses de bonheur, rapidement déçues.
Rejeté par la belle, notre homme n'est pas du genre à se pendre à la première poutre venue ! Il décroche son fusil et s'en va tirer la femelle… Farcesque ! 


Du bovarysme au masculin ! Max Obione marche sur les traces du grand Flaubert, enfin presque...

*

Accéder à la page de l'ouvrage sur ce blog
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Samedi 24 octobre 2009 6 24 10 2009 07:30
Delphine Moreau a donné naissance à Lucien en octobre 2007. Waouh ! Quel scoop ! Attendez, attendez la suite... Figurez-vous qu'elle avait signé un articulet dans les pages littéraires du Figaro magazine du 12 janvier 2008 dans lequel elle disait avoir apprécié Balistique du désir et pour cause... la lecture de mon recueil ayant été associée à l'événement précité. Voici son récit...

27 octobre, minuit. Changement d'heure. On est censé en gagner une. C'est bon pour mon insomnie. Mon compagnon ronfle. J'allonge le bras vers la pile de service de presse qui m'attends sur la table de nuit. « Balistique du désir » de Max Obione. Je m'en empare avec la ferme intention d'en oublier le contenu aussi vite que j'aurai trouvé le sommeil : astuce de la jeune pigiste ignare, mais déjà blasée. Une heure. Touchants ces personnages. Ai un faible pour l'enfant tronc et la femme unijambiste. Deux heures. Subtiles ces effets de focale : le narrateur passe du « il » au « je » en quelques lignes, sans embrouiller pour autant celui qui lit. Trois heures. Jouissive pour finir, cette ode chorale et narquoise au désir, universel, de tuer. Moi je le partage à fond, et très régulièrement. Côté sommeil en revanche, aucune réaction à la prescription. Je me sens même un peu barbouillée. Mal au ventre. Envie de faire pipi. Encore envie de faire pipi. Fais pas ta chochotte. Pour finir, j'éclate en sanglots dans les WC : « Je vais quand même pas aller faire pipi toutes les cinq minutes ! », hoqueté-je. Retour aussi digne que possible dans le lit du conjoint. « Ma pauvre chérie, c'est encore ta migraine ? ». Non. Je lui dresse le tableau, rapide. « C'est pas normal, tranche-t-il virilement. Je t'emmène à l'hôpital ».

A l'accueil des urgences, l'aide soignante est moyennement motivée. « Par ici la salle d'attente ! Il y a deux dames avant vous ». Elles feuillettent de vieux magazines, à l'ombre des plantes vertes. Soit. Me sens un peu penaude. Fais quelques allers et retours dans le couloir. « Puisque vous vous agitez comme ça, on va vous examiner », elle s'énerve. L'interne m'expertise et cause à mes cuisses : « Vous êtes à sept : il reste une heure de travail, on vous monte en salle de naissance ! ». Elle plisse la bouche. « Tardez pas, qu'elle souffle à l'aide soignante, j'aimerais autant ne pas avoir d'accouchement ici .» Dans le monte-charge, je repasse le film de la soirée en accéléré. Y'a erreur dans le script. Ça, des contractions ? « Aussi douloureuses que quand on se pince les doigts dans une porte », avait pourtant prévenu la sage femme, celle des cours de préparation à la naissance. Et ce foutu gynéco, qui m'assurait il y a trois jours qu'une grossesse, c'était bien neuf mois, et pas huit ! Chui à sept d'accord mais sur combien, sept sur dix, sept sur sept, où est Anne Sinclair, et la péridurale dans tout ça ??? Plan d'ensemble sur une dame hurlante que de gentilles blouses blanches maintiennent à l'horizontale. C'est moi. Les mains de G. dans les miennes, désormais elles me servent d'unique contact avec l'extérieur, comme Helen Keller dans l'histoire.

Entracte. L'anesthésie me rend gentiment songeuse. «Tu sais ce livre de nouvelles que j'ai mis dans la valise avant de partir. Il faudra que tu y jettes un oeil. Je ne sais pas si c'est les hormones, mais je le trouve vraiment bien. »

Sept heures. Lucien est né. A travers le berceau de plastique, sur la table de nuit, j'aperçois le livre de Max. Il me reste encore trois nouvelles. Je les garde pour plus tard.


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Jeudi 22 octobre 2009 4 22 10 2009 18:12

En lisant Courrier international, on tombe sur des nouvelles qui daubent méchamment. Jugez-en ! Le prix du rat a quadruplé au Cambodge ! Vendu 1 200 niels (0.25 €) l’an dernier, il est passé à 5 000 niels. A la suite des inondations, les rongeurs ont fui le delta du Mékong, or la demande dépasse les frontières du pays, le Cambodge exportant chaque jour au Viêt Nam plus de 1 tonne de rats vivants. Les gros gaspards qui courent dans ma cave n’ont qu’à bien se planquer s’ils ne veulent pas aller tourister dans l’Orient extrême. Humanitaire, c'est possible !

Sans transition ! Mon roman Gaufre royale dans sa nouvelle édition est actuellement sous presse, sortie prévue début novembre ; le recueil collectif London Calling édité chez Buchet-Chastel, va bientôt sortir après quelques retards à l’allumage.

Je serai au festival Sang d’encre à Vienne les 21 et 22 novembre 2009.


Sans transition ! Les banquiers ont repris du poil de la bête ! Qui a dit par ailleurs : « Les paradis fiscaux, c’est terminé ! » Défense de rire. Notre grand Sarkubu ler n’est pas de poil qui, profitant de notre inattention, a tenté de propulser son fils de paille au sommet de la Défense. Qu’on mette tous ces journaleux aux fers ! La moralisation du capitalisme est toujours à son programme. On se pince !

Le livre électronique entame sa percée. Avec Krakoen, on se lance dans l’aventure avec un recueil collectif de nouvelles intitulés « Onze balles perdues », on pourra le télécharger à partir de décembre sur son iPhone pour la somme modique de 0.79 €. C’est Caramba ! publishing qui est à la manœuvre. Accéder ICI

Sans transition, on a renvoyé des afghans dans leur pays en paix, il était temps. Nos soldats vont donc rentrer illico. Enfin de la cohérence en lieu et place de l’abjection !

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Mercredi 7 octobre 2009 3 07 10 2009 14:29
La nouvelle est le genre littéraire qui se prête fort bien à la lecture à haute voix du fait de sa durée limitée. Quelques comédiens se sont déjà emparés de mes textes. Leur écoute m'a toujours enthousiasmé car je découvre dans une intonation, une respiration, des intentions et des sens qui ne m'étaient pas apparus lors de l'écriture.
Marie-Pierre de Porta et ses comédiens des Mardis noirs, Patrick  Grée, Claude Soloy, Albane Louvet-Duboc, Marie-Laure Favry notamment ont donné des interprétations épatantes.

Aujourd'hui, je peux vous faire écouter Constance de Bock (photo) lisant Le petit légume, nouvelle qui ouvre mon recueil Balistique du désir (krakoen). L'intiative en revient à Jean-Christophe Culioli, défenseur de la nouvelle au sein de sa maison d'éditions Nouvelles Paroles.

Ecoutez ICI

Contactez Constance de Bock ICI

Le petit légume a également fait l'objet d'une publication illustrée dans la revue Black Mamba Accéder à l'article

Accéder à la page de Balistique du désir
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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 09 2009 18:16
Aujourd'hui dans ma boîte mail, un message de Facebook m'informant qu'un article a été "marqué" par K-libre, le site polardier qui gagne grandement à être connu. Un simple clic sur le lien et la page considérée s'ouvre sur une interviou réalisée il y a plusieurs mois par Joël Jégouzo.



LE MAT, RAJA ET MAX OBIONE

Vendredi 20 mars 2009
- k-libre aime bien la coopérative Krakoen qui, sous l’impulsion de Max Obione, a fini par s’imposer dans le paysage éditorial comme une maison d’édition audacieuse, risquant là où d’autres campent, osant des veines, des styles, des écritures totalement dédiées au genre. Un collectif d’auteurs tardivement entrés en littérature, constituant une génération moins homogène par l’âge que cohérente par son goût des littératures policières. Sous l’impulsion de Max Obione, disions-nous, mais ce serait oublier que Max Obione est avant tout un auteur lui-même, et quel auteur ! Du pastiche du Poulpe au hard-boiled des milieux de la boxe, un auteur qui déploie un style d’autant plus étonnant qu’il n’hésite jamais à rompre avec lui-même. Krakoen réédite son Jeu du lézard , l’occasion de l’entendre nous parler de ce travail d’écriture si original.



k-libre : Krakoen réédite Le Jeu du lézard avec un nouveau visuel, pourquoi ?
Max Obione : La première édition étant épuisée, il s’est agi alors, soit de procéder à une réimpression, soit d’envisager une nouvelle édition revue et corrigée. Comme le visuel de la première couverture était trop "hard" (un type hurlant sur fond rouge) et paraissait rebuter les lecteurs, il a été décidé de créer une nouvelle couverture plus en rapport avec l’histoire : une villa isolée dans un village perché de Corse.

On y retrouve Le Mat et Raja, deux personnages récurrents qui vous sont chers. À ce propos, comment vous est venue l’idée de ces personnages ?
J’ai pensé que créer deux personnages aux caractères dissemblables allait donner une dynamique au récit. Rien d’orignal en vérité, on rencontre fréquemment ce genre de duo dans les romans ou le cinéma. Ce sont deux retraités : le premier est un lascar. Le second, au départ, est du genre coincé. Leur amitié est improbable, ils viennent de milieux différents et pourtant ils se vouent l’un à l’autre une indéfectible amitié, comme des raisons de vivre réciproques.

En réfléchissant, ne sont-ils pas les deux faces d’un même personnage ?
Ceux qui me connaissent bien savent que le mythe de Janus est sans doute celui qui m’inspire le plus. Le dédoublement de la personnalité est un grand classique en matière criminelle comme en matière romanesque.

Aviez-vous en tête déjà leurs aventures à venir ?
Non, pour ces deux premiers romans, j’ai joué l’éponge comme tout raconteur d’histoires. Je connais bien la Beauce pour y être né, c’est donc devenu le terrain d’aventures des Vieilles décences, pour Le Jeu du lézard, mon travail en Corse m’avait procuré pas mal de matériaux romanesques. J’ai fait feu du bois dont je disposais. Le troisième en gestation utilisera – si je l’écris un jour – mon expérience du milieu hospitalier.

Lorsque l’on construit des personnages récurrents, est-ce que cela modifie la façon de construire le récit de chacun des épisodes de leurs aventures ? Vont-ils vieillir par exemple, et vous, introduire cette problématique comme un thème propre à la série ?
Les deux romans ne sont pas construits à l’identique. Je ne m’interdis rien. Je n’ai pas de recette en cette matière. Voir vieillir Le Mat et Raja ? Encore faudrait-il que j’aie la moelle d’écrire un nombre important de romans avec ces deux papys récurrents. Donc la réponse est non. D’ailleurs, je ne sais pas aujourd’hui si j’ai vraiment envie de continuer à relater les aventures criminelles de ces deux personnages. Disons qu’ils ne me surprennent plus, que je connais leurs penchants, leurs réactions... Dans ces conditions, la manière d’écrire s’apparente davantage à un travail de bureau, il faut remplir les cases du plan et de l’intrigue, c’est moins drôle que le plaisir d’écrire au fil de la plume ou du clavier, sans savoir où l’histoire vous mène ou quel sera le devenir de tel ou tel personnage nouveau. Le côté démiurge de la création romanesque me passionne trop pour en faire une routine.

Le Mat et Raja, à la retraite, s’ouvrent un sacré champ de liberté. En dehors des clous bien sûr. Non conventionnels, ils récupèrent une partie de l’imaginaire du polar et du roman noir français des années 1950. Pourquoi au juste ? Un travail du négatif qui dévoilerait l’aujourd’hui, au chevet duquel se porterait – quelle ironie - des retraités ?
Banalement, dans nos pays occidentaux, à soixante ans et plus, libéré de beaucoup de contraintes sociales et familiales, la vie commence pour peu que le corps "exulte". Grâce aux progrès médicaux, aux moyens financiers dans le meilleur des cas, la longévité est un fait. Gare à l’inactivité qui porte à l’ennui et la viduité. Il m’apparaît que la vie sociale, telle qu’on l’observe autour de nous, regorge de retraités actifs, très actifs. Mes deux papys, aux caractères "eau et feu", sont des figures d’aujourd’hui.Le moteur des actions qu’ils entreprennent, c’est quand même l’insatisfaction qu’ils ont vécue dans leurs carrières respectives. La procédure pénale avec ses finasseries procédurales et l’appareil judiciaire tatasse ne leur a pas permis de réaliser leur désir de justice. Les gros fumiers courent plus vite que les branleurs qui encombrent les prisons. Si ces papys, "criminels" bonasses, font peur, car un dérapage justicier est vite arrivé, les nettoyages qu’ils entreprennent donnent du baume au cœur. Amoral ? Forcément noir, vous dis-je !

Pourquoi la Corse dans l’horizon de ce polar ? Elle est comme un temps mort – vilaine expression - un temps réouvert plutôt, une pause de lecture, une "profondeur" du récit ménageant une densité d’émotion très forte…
Quand on reprochait à Pagnol son tropisme provençal, il rétorquait que l’universel se trouve partout au pied de sa porte. La tragédie grecque se décalque dans les pièces de Pagnol. Alors, pourquoi la Corse ? Parce que j’y ai vécu quelques années me laissant envahir par cette nature fabuleuse et contraignante, me laissant séduire par des Corses merveilleux ou haïr par des connards sur lesquels on bute plus souvent qu’on souhaiterait, du fait de l’insularité. Le Jeu du lézard contient un point de vue de continental qui a honnêtement voulu saisir ce qui se joue dans cette île, à ma manière. Il y a aussi des choses personnelles touchant à mon enfance, à la pension chez les curés, à la carrière professionnelle qui dévore la vie sentimentale et familiale dès lors que vous n’avez que le travail pour unique horizon vital, il y a aussi la musique de la mort qui approche, la sourde certitude qu’il est trop tard et que le ratage de votre vie vous étouffe, qu’il n’y a que la progéniture et l’art qui conjurent sa propre disparition. Sans compter l’amour... qui peut surgir à tout moment, sans crier gare !

Dans ce roman, comme dans les précédentes aventures de Le Mat et Raja, vous vous laissez aller à des exercices de composition offrant des structures très construites. Le roman est-il pour vous le lieu d’une quête stylistique qu’il faudrait chaque fois renouveler ?
Absolument, le style c’est la vérité en littérature. C’est en tant que romancier que je me définis, je récuse le terme d’auteur et plus encore d’écrivain, je leur trouve un côté abstrait ou prétentiard ; romancier, c’est un métier de passion, pour moi en tout cas. Écrire des histoires avec des platitudes stylistiques n’offre aucun intérêt en ce qui me concerne. Sujet-verbe-complément, avec un adjectif pour le sel ou un adverbe ronflant pour la peur, je laisse la recette aux fabricants utilitaires des pavés formatés à la mode. Na !

Dans Les Vieilles décences, le narrateur était un écrivain débutant. Remarquez que c’est la situation de Proust, dans "La Recherche". Il est en quête d’un style, d’un ton, d’un registre, et l’on voit très bien chez vous comment prolifèrent ces styles et ces registres. Mais pourquoi introduire dans le récit même cette exploration des possibles romanesques ?
Dans les deux romans, l’ancien magistrat est le narrateur, il tient la plume des aventures que vivent les deux compères. Ce sont en premier lieu des romans d’apprentissage au plein sens du terme. On peut y voir des gammes littéraires. En second lieu, on peut considérer que le récit s’enrichit des divers angles d’approche et de regard. Le Mat possède un langage propre que Raja retranscrit méticuleusement. Cela donne une couleur, une vitalité au récit.

Votre goût de la littérature paraît aller à rebours d’un certain ton français, volontiers consommé dans l’autofiction. Vous, malgré les ruptures signalées, vous maintenez fièrement, presque d’une manière militante, l’exigence du récit. Un manifeste ?
Un romancier romance, son utilité sociale et culturelle est de raconter des histoires, celles de son temps ; son ambition principale est de distraire sans démagogie, si en plus le substrat sociologique forme un décor signifiant et si les problèmes de société affleurent sans être chiants, bingo ! Les codes du genre noir balisent l’exercice et ces garde-fous me satisfont, le "moijisme" psychologisant me déplaît, la fiction a besoin d’être ancrée dans l’expérience vécue et le réel social, quitte à jouer de la transgression du genre. Il ne s’agit pas d’écrire un tract. Dans Les Vieilles décences, j’évoque le danger des OGM. Et mes papys flingueurs résolvent la question à l’explosif… Au moins c’est clair !

Mais votre écriture ne s’y enferme pas. Ne s’y résout pas ? Elle dénote une sorte de romanesque néo-picaresque, un romanesque de la transgression. Toute proportion gardée, cela me rappelle Gombrowicz, qui refusait de se laisser enfermer dans une forme romanesque. Vous également ?
Ressasser la forme qu’on aurait arrêtée une bonne fois pour toute, en gros, quand bien même l’histoire diffère, écrire la même chose avec les mêmes outils, quel ennui ! J’aime me coltiner la forme et le style, je peux bosser quinze jours sur une phrase pour obtenir la meilleure musique, le bon rythme, le signifiant qui me parait enfin imparable. La structure narrative adaptée au récit, la modalité temporelle de l’action, la vérité comportementale des personnages, l’amalgame du tout, voilà ce qui me branche, sinon je n’écrirai pas. À soixante-cinq balais je n’ai plus le temps de m’ennuyer.

On devine aussi, au cœur de votre préoccupation littéraire, le souci de repenser l’aujourd’hui du monde à nouveaux frais. Et ce qui me frappe avec les Krakoen, c’est qu’on a affaire à une génération d’écrivains entrés "tardivement" en littérature - attention, cela n’a rien de péjoratif, au contraire ! Une génération qui invente, défriche, innove et qui, loin d’être usée, a quelque chose à nous dire de fondamentalement neuf… Rien de voulu, de programmé, semble-t-il, mais que l’on voit s’affirmer publication après publication. Est-ce une dimension éditoriale dont vous êtes conscient ?
C’est une grande ambition que vous nous prêtez quand vous évoquez "une dimension éditoriale". Cette prise de conscience ne peut venir que d’un regard extérieur. La tonalité du catalogue vient de la liberté qu’on s’est accordée pour accueillir des écritures non formatées, voire inclassables. Comment cela est-il arrivé ? C’est une affaire de tempéraments, de personnalités qui se sont rencontrées au sein de Krakoen. La formule coopérative s’y prête, d’autre part, on n’a pas de compte à rendre à des actionnaires âpres au gain. L’âge ne clive pas l’expression, il y a un temps pour tout, d’aucuns démarrent une carrière très tôt, d’autres sont plus lents à la détente. Joseph Bialot a commencé à publier à cinquante-cinq ans, comme moi. De jeunes romanciers tardifs ! Et comme, du fait de l’âge, le temps nous est davantage compté, la graphomanie peut nous saisir. De plus, on n'a rien à prouver pour occuper le devant de la scène, on fonce en toute liberté, imprégnés de notre passé, de nos vies, de nos lectures… et tant mieux s’il apparaît que nos "écritures" apportent du plaisir au plus grand nombre. La reconnaissance, c’est la cerise. L’important, c’est de croire en ce qu’on écrit sans se prendre la tête sur la réception attendue d’un lectorat qu’on ne connaît pas. La notion d’œuvre m’est étrangère, pour l’instant ma passion est intacte… "pourvou que ça doure !". Longtemps !

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