Vendredi 6 novembre 2009
« Il s’appelait Didier…M.... Veilleur de nuit lourdé de sa boîte de gardiennage. Je l’avais défendu devant les Prud’hommes de Coutances. Inutilement. Le patron l’avait surpris en train de roupiller. Je l’ai revu après, à l’Union locale, il rebossait aux abattoirs de Saint-Lô et avait pris sa carte. J’attendais dans le baraquement de l'interpro, avec quarante pelés. Un ponte de Paris devait descendre avec un gars du syndicat des mineurs d’Angleterre. Au bout de 10 mois de grève, il fallait les soutenir et ramasser quelques billets au passage. Comme ça durait, on a habillé Maguy Tasdechair pour l’hiver. Assis devant moi, le Didier était ailleurs, les oreilles truffées d’écouteurs, un cassettophone à piles sur les genoux, la musique grésillait. J’ai tapoté son épaule. Il s’est retourné :

— Hon, ah c’est toi ! qu’il dit.

— T’écoutes quoi ?

— Londonne colline… qu’il répondit.

— C’est bien ?

— Taka ! qu’il dit en me tendant un écouteur que je carrai dans mon oreille.

Penché à le toucher presque. Il sentait l’eau de Cologne. »

C'est ainsi que j'ai découvert les Clash par un bel après-midi d'avril 1984.

 

Le recueil collectif de nouvelles sur les Clash et leur album fétiche « London calling » vient de sortir chez Buchet-Chastel sous le titre  « London calling ».


London calling, 19 histoires rock et noires, Buchet-Chastel, 216 pages, 17 €


 

Le célèbre album London Calling du groupe The Clash fête ses trente ans en décembre 2009. Dix-neuf auteurs français lui rendent hommage à travers autant de nouvelles inédites, chacune inspirée par l’une des dix-neuf chansons de London Calling. Ce qui donne des histoires tour à tour sarcastiques, haletantes, burlesques, tragiques, engagées, toujours noires – et toujours rock.


Une façon de prendre acte de l’évolution de la littérature noire : auparavant plutôt associée au jazz, elle voit aujourd’hui une nouvelle génération d'auteurs arriver, dont l'univers est très marqué par le rock – parmi lesquels : Jean-Hugues Oppel, Thierry Crifo, Pierre Mikailoff, Max Obione, Olivier Mau, Annelise Roux, Jan Thirion, Marc Villard, José-Louis Bocquet, Mouloud Akkouche, Michel Leydier, Jean-Noël Levavasseur, Thierry Gatinet, Sylvie Rouch, Jean-Bernard Pouy, Frédéric Prilleux, Christian Roux, Caryl Férey, Jean-Luc Manet.

 


Le recueil est précédé d’une préface d’Antoine de Caunes.

 


Chaque nouvelle est précédée d’une illustration noir et blanc en pleine page tirée d’une bande dessinée de Serge Clerc sur les Clash parue dans Métal Hurlant en 1980.

 

L'ouvrage présente également une chronologie du groupe et une mini bio/biblio des 19 auteurs issus de la mouvance polardière et rockéenne.


L'ouvrage a été dirigé par Jean-Noël Levavasseur à l'origine de l'initiative, bien connu des lecteurs de fanzines rock, avec qui, en compagnie de Frédéric Prilleux, nous avons publié « Stories of the Dogs » Hommage à Dominique Laboubée chez Krakoen. (A nouveau disponible en version collector "bleu", chez votre libraire ou sur Internet > lien)


Chaque auteur a composé sa nouvelle à partir d’un titre de l’album.  J’ai choisi Hateful.
Ecouter Hateful


Les titres et les auteurs en regard :

London calling Jean-Hugues Oppel

Brand new Cadillac Thierry Crifo

Jimmy Jazz Pierre Mikailoff

Hateful Max Obione

Rudie can’t fail Olivier Mau

Spanish bombs Annelise Roux

The right profile Jan Thirion

Lost in the supermarket Marc Villard

Clampdown José-Louis Bocquet

The guns of Brixton Mouloud Akkouche

Wrong’em boyo Michel Leydier

Death or glory Jean-Noël Levavasseur

Koka kola Thierry Gatinet

The card cheat Sylvie Rouch

Lover’s rock Jean-Bernard Pouy

Four horsemen Frédéric Prilleux

I’m not down Christian Roux

Revolution rock Caryl Férey

Train in vain Jean-Luc Manet


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Mercredi 4 novembre 2009
Elle vient de sortir la nouvelle édition de Gaufre royale. Revue, corrigée et avec un cadeau bonus, une nouvelle inédite, "flaubertienne", à ma façon. Dans toutes les bonnes librairies...




Gaufre royale (nouvelle édition)

Max Obione

Polar

Collection "Forcément noir"

isbn 978-2-916330-43-3

Encombré d'un corps démesuré, non guéri d'une enfance calamiteuse à Granville, envahi de fantasmes d'étrangleur et de bien d'autres travers, le détective privé Abel Salinas est décrit par le commissaire From, son ancien patron, ainsi : « Cent cinquante kilos de barbaque et seulement une noix de gingin ! » Tout un programme ! Au plan professionnel, c'est donc une truffe, un nullos, un besogneux de la filoche qui se voit confier par extraordinaire l'affaire de sa vie, une enquête sur une erreur judiciaire. Quand le roman s'ouvre, il fait la queue devant la marchande de gaufres sur la digue de Villers-sur-Mer. Ses pensées divaguent... la moindre sensation l'entraîne dans les épisodes de sa vie et de l'enquête qui dégringolent en avalanche, télescopent ses souvenirs et ses pulsions… Un remue-méninges en forme de polyphonie narrative.


Un style jubilatoire

 


Ils avaient apprécié la première édition aujourd'hui épuisée :


Un court roman qui se lit d'une traite, en le savourant, bouchée après bouchée...
Patrick Galmel, Pol'Art noir

 

Un roman bien ficelé sur ce fil périlleux, plein de trouvailles langagières, d'une drôlerie de ton le disputant sans cesse à la cocasserie des situations.
Joël Jégouzo, Mauvais genre


Ce réjouissant roman au tempo vif est aussi ironique que malin. D'apparence désordonnée, la construction du récit est astucieuse.
Claude Le Nocher, Rayon polar



Suivi de "Marcel Bovary ou L'épreuve par neuf"


Marcel Bovary s'ennuie. Accaparée par sa profession de visiteuse vétérinaire, son épouse le délaisse. Quand une belle aventurière s'installe dans le manoir voisin du bourg, Marcel est foudroyé d'amour ! Du frottement de leurs épidermes jaillissent des promesses de bonheur, rapidement déçues.
Rejeté par la belle, notre homme n'est pas du genre à se pendre à la première poutre venue ! Il décroche son fusil et s'en va tirer la femelle… Farcesque ! 


Du bovarysme au masculin ! Max Obione marche sur les traces du grand Flaubert, enfin presque...

*

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Samedi 24 octobre 2009
Delphine Moreau a donné naissance à Lucien en octobre 2007. Waouh ! Quel scoop ! Attendez, attendez la suite... Figurez-vous qu'elle avait signé un articulet dans les pages littéraires du Figaro magazine du 12 janvier 2008 dans lequel elle disait avoir apprécié Balistique du désir et pour cause... la lecture de mon recueil ayant été associée à l'événement précité. Voici son récit...

27 octobre, minuit. Changement d'heure. On est censé en gagner une. C'est bon pour mon insomnie. Mon compagnon ronfle. J'allonge le bras vers la pile de service de presse qui m'attends sur la table de nuit. « Balistique du désir » de Max Obione. Je m'en empare avec la ferme intention d'en oublier le contenu aussi vite que j'aurai trouvé le sommeil : astuce de la jeune pigiste ignare, mais déjà blasée. Une heure. Touchants ces personnages. Ai un faible pour l'enfant tronc et la femme unijambiste. Deux heures. Subtiles ces effets de focale : le narrateur passe du « il » au « je » en quelques lignes, sans embrouiller pour autant celui qui lit. Trois heures. Jouissive pour finir, cette ode chorale et narquoise au désir, universel, de tuer. Moi je le partage à fond, et très régulièrement. Côté sommeil en revanche, aucune réaction à la prescription. Je me sens même un peu barbouillée. Mal au ventre. Envie de faire pipi. Encore envie de faire pipi. Fais pas ta chochotte. Pour finir, j'éclate en sanglots dans les WC : « Je vais quand même pas aller faire pipi toutes les cinq minutes ! », hoqueté-je. Retour aussi digne que possible dans le lit du conjoint. « Ma pauvre chérie, c'est encore ta migraine ? ». Non. Je lui dresse le tableau, rapide. « C'est pas normal, tranche-t-il virilement. Je t'emmène à l'hôpital ».

A l'accueil des urgences, l'aide soignante est moyennement motivée. « Par ici la salle d'attente ! Il y a deux dames avant vous ». Elles feuillettent de vieux magazines, à l'ombre des plantes vertes. Soit. Me sens un peu penaude. Fais quelques allers et retours dans le couloir. « Puisque vous vous agitez comme ça, on va vous examiner », elle s'énerve. L'interne m'expertise et cause à mes cuisses : « Vous êtes à sept : il reste une heure de travail, on vous monte en salle de naissance ! ». Elle plisse la bouche. « Tardez pas, qu'elle souffle à l'aide soignante, j'aimerais autant ne pas avoir d'accouchement ici .» Dans le monte-charge, je repasse le film de la soirée en accéléré. Y'a erreur dans le script. Ça, des contractions ? « Aussi douloureuses que quand on se pince les doigts dans une porte », avait pourtant prévenu la sage femme, celle des cours de préparation à la naissance. Et ce foutu gynéco, qui m'assurait il y a trois jours qu'une grossesse, c'était bien neuf mois, et pas huit ! Chui à sept d'accord mais sur combien, sept sur dix, sept sur sept, où est Anne Sinclair, et la péridurale dans tout ça ??? Plan d'ensemble sur une dame hurlante que de gentilles blouses blanches maintiennent à l'horizontale. C'est moi. Les mains de G. dans les miennes, désormais elles me servent d'unique contact avec l'extérieur, comme Helen Keller dans l'histoire.

Entracte. L'anesthésie me rend gentiment songeuse. «Tu sais ce livre de nouvelles que j'ai mis dans la valise avant de partir. Il faudra que tu y jettes un oeil. Je ne sais pas si c'est les hormones, mais je le trouve vraiment bien. »

Sept heures. Lucien est né. A travers le berceau de plastique, sur la table de nuit, j'aperçois le livre de Max. Il me reste encore trois nouvelles. Je les garde pour plus tard.


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Jeudi 22 octobre 2009

En lisant Courrier international, on tombe sur des nouvelles qui daubent méchamment. Jugez-en ! Le prix du rat a quadruplé au Cambodge ! Vendu 1 200 niels (0.25 €) l’an dernier, il est passé à 5 000 niels. A la suite des inondations, les rongeurs ont fui le delta du Mékong, or la demande dépasse les frontières du pays, le Cambodge exportant chaque jour au Viêt Nam plus de 1 tonne de rats vivants. Les gros gaspards qui courent dans ma cave n’ont qu’à bien se planquer s’ils ne veulent pas aller tourister dans l’Orient extrême. Humanitaire, c'est possible !

Sans transition ! Mon roman Gaufre royale dans sa nouvelle édition est actuellement sous presse, sortie prévue début novembre ; le recueil collectif London Calling édité chez Buchet-Chastel, va bientôt sortir après quelques retards à l’allumage.

Je serai au festival Sang d’encre à Vienne les 21 et 22 novembre 2009.


Sans transition ! Les banquiers ont repris du poil de la bête ! Qui a dit par ailleurs : « Les paradis fiscaux, c’est terminé ! » Défense de rire. Notre grand Sarkubu ler n’est pas de poil qui, profitant de notre inattention, a tenté de propulser son fils de paille au sommet de la Défense. Qu’on mette tous ces journaleux aux fers ! La moralisation du capitalisme est toujours à son programme. On se pince !

Le livre électronique entame sa percée. Avec Krakoen, on se lance dans l’aventure avec un recueil collectif de nouvelles intitulés « Onze balles perdues », on pourra le télécharger à partir de décembre sur son iPhone pour la somme modique de 0.79 €. C’est Caramba ! publishing qui est à la manœuvre. Accéder ICI

Sans transition, on a renvoyé des afghans dans leur pays en paix, il était temps. Nos soldats vont donc rentrer illico. Enfin de la cohérence en lieu et place de l’abjection !

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Mercredi 7 octobre 2009
La nouvelle est le genre littéraire qui se prête fort bien à la lecture à haute voix du fait de sa durée limitée. Quelques comédiens se sont déjà emparés de mes textes. Leur écoute m'a toujours enthousiasmé car je découvre dans une intonation, une respiration, des intentions et des sens qui ne m'étaient pas apparus lors de l'écriture.
Marie-Pierre de Porta et ses comédiens des Mardis noirs, Patrick  Grée, Claude Soloy, Albane Louvet-Duboc, Marie-Laure Favry notamment ont donné des interprétations épatantes.

Aujourd'hui, je peux vous faire écouter Constance de Bock (photo) lisant Le petit légume, nouvelle qui ouvre mon recueil Balistique du désir (krakoen). L'intiative en revient à Jean-Christophe Culioli, défenseur de la nouvelle au sein de sa maison d'éditions Nouvelles Paroles.

Ecoutez ICI

Contactez Constance de Bock ICI

Le petit légume a également fait l'objet d'une publication illustrée dans la revue Black Mamba Accéder à l'article

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Mercredi 30 septembre 2009
Aujourd'hui dans ma boîte mail, un message de Facebook m'informant qu'un article a été "marqué" par K-libre, le site polardier qui gagne grandement à être connu. Un simple clic sur le lien et la page considérée s'ouvre sur une interviou réalisée il y a plusieurs mois par Joël Jégouzo.



LE MAT, RAJA ET MAX OBIONE

Vendredi 20 mars 2009
- k-libre aime bien la coopérative Krakoen qui, sous l’impulsion de Max Obione, a fini par s’imposer dans le paysage éditorial comme une maison d’édition audacieuse, risquant là où d’autres campent, osant des veines, des styles, des écritures totalement dédiées au genre. Un collectif d’auteurs tardivement entrés en littérature, constituant une génération moins homogène par l’âge que cohérente par son goût des littératures policières. Sous l’impulsion de Max Obione, disions-nous, mais ce serait oublier que Max Obione est avant tout un auteur lui-même, et quel auteur ! Du pastiche du Poulpe au hard-boiled des milieux de la boxe, un auteur qui déploie un style d’autant plus étonnant qu’il n’hésite jamais à rompre avec lui-même. Krakoen réédite son Jeu du lézard , l’occasion de l’entendre nous parler de ce travail d’écriture si original.



k-libre : Krakoen réédite Le Jeu du lézard avec un nouveau visuel, pourquoi ?
Max Obione : La première édition étant épuisée, il s’est agi alors, soit de procéder à une réimpression, soit d’envisager une nouvelle édition revue et corrigée. Comme le visuel de la première couverture était trop "hard" (un type hurlant sur fond rouge) et paraissait rebuter les lecteurs, il a été décidé de créer une nouvelle couverture plus en rapport avec l’histoire : une villa isolée dans un village perché de Corse.

On y retrouve Le Mat et Raja, deux personnages récurrents qui vous sont chers. À ce propos, comment vous est venue l’idée de ces personnages ?
J’ai pensé que créer deux personnages aux caractères dissemblables allait donner une dynamique au récit. Rien d’orignal en vérité, on rencontre fréquemment ce genre de duo dans les romans ou le cinéma. Ce sont deux retraités : le premier est un lascar. Le second, au départ, est du genre coincé. Leur amitié est improbable, ils viennent de milieux différents et pourtant ils se vouent l’un à l’autre une indéfectible amitié, comme des raisons de vivre réciproques.

En réfléchissant, ne sont-ils pas les deux faces d’un même personnage ?
Ceux qui me connaissent bien savent que le mythe de Janus est sans doute celui qui m’inspire le plus. Le dédoublement de la personnalité est un grand classique en matière criminelle comme en matière romanesque.

Aviez-vous en tête déjà leurs aventures à venir ?
Non, pour ces deux premiers romans, j’ai joué l’éponge comme tout raconteur d’histoires. Je connais bien la Beauce pour y être né, c’est donc devenu le terrain d’aventures des Vieilles décences, pour Le Jeu du lézard, mon travail en Corse m’avait procuré pas mal de matériaux romanesques. J’ai fait feu du bois dont je disposais. Le troisième en gestation utilisera – si je l’écris un jour – mon expérience du milieu hospitalier.

Lorsque l’on construit des personnages récurrents, est-ce que cela modifie la façon de construire le récit de chacun des épisodes de leurs aventures ? Vont-ils vieillir par exemple, et vous, introduire cette problématique comme un thème propre à la série ?
Les deux romans ne sont pas construits à l’identique. Je ne m’interdis rien. Je n’ai pas de recette en cette matière. Voir vieillir Le Mat et Raja ? Encore faudrait-il que j’aie la moelle d’écrire un nombre important de romans avec ces deux papys récurrents. Donc la réponse est non. D’ailleurs, je ne sais pas aujourd’hui si j’ai vraiment envie de continuer à relater les aventures criminelles de ces deux personnages. Disons qu’ils ne me surprennent plus, que je connais leurs penchants, leurs réactions... Dans ces conditions, la manière d’écrire s’apparente davantage à un travail de bureau, il faut remplir les cases du plan et de l’intrigue, c’est moins drôle que le plaisir d’écrire au fil de la plume ou du clavier, sans savoir où l’histoire vous mène ou quel sera le devenir de tel ou tel personnage nouveau. Le côté démiurge de la création romanesque me passionne trop pour en faire une routine.

Le Mat et Raja, à la retraite, s’ouvrent un sacré champ de liberté. En dehors des clous bien sûr. Non conventionnels, ils récupèrent une partie de l’imaginaire du polar et du roman noir français des années 1950. Pourquoi au juste ? Un travail du négatif qui dévoilerait l’aujourd’hui, au chevet duquel se porterait – quelle ironie - des retraités ?
Banalement, dans nos pays occidentaux, à soixante ans et plus, libéré de beaucoup de contraintes sociales et familiales, la vie commence pour peu que le corps "exulte". Grâce aux progrès médicaux, aux moyens financiers dans le meilleur des cas, la longévité est un fait. Gare à l’inactivité qui porte à l’ennui et la viduité. Il m’apparaît que la vie sociale, telle qu’on l’observe autour de nous, regorge de retraités actifs, très actifs. Mes deux papys, aux caractères "eau et feu", sont des figures d’aujourd’hui.Le moteur des actions qu’ils entreprennent, c’est quand même l’insatisfaction qu’ils ont vécue dans leurs carrières respectives. La procédure pénale avec ses finasseries procédurales et l’appareil judiciaire tatasse ne leur a pas permis de réaliser leur désir de justice. Les gros fumiers courent plus vite que les branleurs qui encombrent les prisons. Si ces papys, "criminels" bonasses, font peur, car un dérapage justicier est vite arrivé, les nettoyages qu’ils entreprennent donnent du baume au cœur. Amoral ? Forcément noir, vous dis-je !

Pourquoi la Corse dans l’horizon de ce polar ? Elle est comme un temps mort – vilaine expression - un temps réouvert plutôt, une pause de lecture, une "profondeur" du récit ménageant une densité d’émotion très forte…
Quand on reprochait à Pagnol son tropisme provençal, il rétorquait que l’universel se trouve partout au pied de sa porte. La tragédie grecque se décalque dans les pièces de Pagnol. Alors, pourquoi la Corse ? Parce que j’y ai vécu quelques années me laissant envahir par cette nature fabuleuse et contraignante, me laissant séduire par des Corses merveilleux ou haïr par des connards sur lesquels on bute plus souvent qu’on souhaiterait, du fait de l’insularité. Le Jeu du lézard contient un point de vue de continental qui a honnêtement voulu saisir ce qui se joue dans cette île, à ma manière. Il y a aussi des choses personnelles touchant à mon enfance, à la pension chez les curés, à la carrière professionnelle qui dévore la vie sentimentale et familiale dès lors que vous n’avez que le travail pour unique horizon vital, il y a aussi la musique de la mort qui approche, la sourde certitude qu’il est trop tard et que le ratage de votre vie vous étouffe, qu’il n’y a que la progéniture et l’art qui conjurent sa propre disparition. Sans compter l’amour... qui peut surgir à tout moment, sans crier gare !

Dans ce roman, comme dans les précédentes aventures de Le Mat et Raja, vous vous laissez aller à des exercices de composition offrant des structures très construites. Le roman est-il pour vous le lieu d’une quête stylistique qu’il faudrait chaque fois renouveler ?
Absolument, le style c’est la vérité en littérature. C’est en tant que romancier que je me définis, je récuse le terme d’auteur et plus encore d’écrivain, je leur trouve un côté abstrait ou prétentiard ; romancier, c’est un métier de passion, pour moi en tout cas. Écrire des histoires avec des platitudes stylistiques n’offre aucun intérêt en ce qui me concerne. Sujet-verbe-complément, avec un adjectif pour le sel ou un adverbe ronflant pour la peur, je laisse la recette aux fabricants utilitaires des pavés formatés à la mode. Na !

Dans Les Vieilles décences, le narrateur était un écrivain débutant. Remarquez que c’est la situation de Proust, dans "La Recherche". Il est en quête d’un style, d’un ton, d’un registre, et l’on voit très bien chez vous comment prolifèrent ces styles et ces registres. Mais pourquoi introduire dans le récit même cette exploration des possibles romanesques ?
Dans les deux romans, l’ancien magistrat est le narrateur, il tient la plume des aventures que vivent les deux compères. Ce sont en premier lieu des romans d’apprentissage au plein sens du terme. On peut y voir des gammes littéraires. En second lieu, on peut considérer que le récit s’enrichit des divers angles d’approche et de regard. Le Mat possède un langage propre que Raja retranscrit méticuleusement. Cela donne une couleur, une vitalité au récit.

Votre goût de la littérature paraît aller à rebours d’un certain ton français, volontiers consommé dans l’autofiction. Vous, malgré les ruptures signalées, vous maintenez fièrement, presque d’une manière militante, l’exigence du récit. Un manifeste ?
Un romancier romance, son utilité sociale et culturelle est de raconter des histoires, celles de son temps ; son ambition principale est de distraire sans démagogie, si en plus le substrat sociologique forme un décor signifiant et si les problèmes de société affleurent sans être chiants, bingo ! Les codes du genre noir balisent l’exercice et ces garde-fous me satisfont, le "moijisme" psychologisant me déplaît, la fiction a besoin d’être ancrée dans l’expérience vécue et le réel social, quitte à jouer de la transgression du genre. Il ne s’agit pas d’écrire un tract. Dans Les Vieilles décences, j’évoque le danger des OGM. Et mes papys flingueurs résolvent la question à l’explosif… Au moins c’est clair !

Mais votre écriture ne s’y enferme pas. Ne s’y résout pas ? Elle dénote une sorte de romanesque néo-picaresque, un romanesque de la transgression. Toute proportion gardée, cela me rappelle Gombrowicz, qui refusait de se laisser enfermer dans une forme romanesque. Vous également ?
Ressasser la forme qu’on aurait arrêtée une bonne fois pour toute, en gros, quand bien même l’histoire diffère, écrire la même chose avec les mêmes outils, quel ennui ! J’aime me coltiner la forme et le style, je peux bosser quinze jours sur une phrase pour obtenir la meilleure musique, le bon rythme, le signifiant qui me parait enfin imparable. La structure narrative adaptée au récit, la modalité temporelle de l’action, la vérité comportementale des personnages, l’amalgame du tout, voilà ce qui me branche, sinon je n’écrirai pas. À soixante-cinq balais je n’ai plus le temps de m’ennuyer.

On devine aussi, au cœur de votre préoccupation littéraire, le souci de repenser l’aujourd’hui du monde à nouveaux frais. Et ce qui me frappe avec les Krakoen, c’est qu’on a affaire à une génération d’écrivains entrés "tardivement" en littérature - attention, cela n’a rien de péjoratif, au contraire ! Une génération qui invente, défriche, innove et qui, loin d’être usée, a quelque chose à nous dire de fondamentalement neuf… Rien de voulu, de programmé, semble-t-il, mais que l’on voit s’affirmer publication après publication. Est-ce une dimension éditoriale dont vous êtes conscient ?
C’est une grande ambition que vous nous prêtez quand vous évoquez "une dimension éditoriale". Cette prise de conscience ne peut venir que d’un regard extérieur. La tonalité du catalogue vient de la liberté qu’on s’est accordée pour accueillir des écritures non formatées, voire inclassables. Comment cela est-il arrivé ? C’est une affaire de tempéraments, de personnalités qui se sont rencontrées au sein de Krakoen. La formule coopérative s’y prête, d’autre part, on n’a pas de compte à rendre à des actionnaires âpres au gain. L’âge ne clive pas l’expression, il y a un temps pour tout, d’aucuns démarrent une carrière très tôt, d’autres sont plus lents à la détente. Joseph Bialot a commencé à publier à cinquante-cinq ans, comme moi. De jeunes romanciers tardifs ! Et comme, du fait de l’âge, le temps nous est davantage compté, la graphomanie peut nous saisir. De plus, on n'a rien à prouver pour occuper le devant de la scène, on fonce en toute liberté, imprégnés de notre passé, de nos vies, de nos lectures… et tant mieux s’il apparaît que nos "écritures" apportent du plaisir au plus grand nombre. La reconnaissance, c’est la cerise. L’important, c’est de croire en ce qu’on écrit sans se prendre la tête sur la réception attendue d’un lectorat qu’on ne connaît pas. La notion d’œuvre m’est étrangère, pour l’instant ma passion est intacte… "pourvou que ça doure !". Longtemps !

Accéder au site de K-libre >  ICI

Lire l'article de ce blog sur l'ouvrage réédité
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Samedi 26 septembre 2009

Dans quelques semaines sortira une nouvelle édition de mon roman Gaufre royale, sorte de novella déjantée dans la construction. Pourquoi ? Tout simplement parce que la première édition était épuisée. N’allez pas penser qu'on recycle mes textes anciens pour pallier une panne d’écriture, mon nouveau roman « américain » est annoncé pour le début de 2010.


Voici la nouvelle quatrième de couverture :

Encombré d'un corps démesuré, non guéri d'une enfance calamiteuse à Granville, envahi de fantasmes d'étrangleur et de bien d'autres travers, le détective privé Abel Salinas est décrit par le commissaire From, son ancien patron, ainsi : « Cent cinquante kilos de barbaque et  seulement une noix de gingin ! »  Tout un programme ! Au plan professionnel, c'est donc une truffe, un nullos, un besogneux de la filoche qui se voit confier par extraordinaire l'affaire de sa vie, une enquête sur une erreur judiciaire. Quand le roman s'ouvre, il fait la queue devant la marchande de gaufres sur la digue de Villers-sur-Mer. Ses pensées divaguent... la moindre sensation l'entraîne dans les épisodes de sa vie et de l'enquête qui dégringolent en avalanche, télescopent ses souvenirs et ses pulsions… Un remue-méninges en forme de polyphonie narrative.


Cette édition est augmentée d’une nouvelle « flaubertienne » intitulée Marcel Bovary ou L’épreuve par neuf. Du bovarysme saignant !

Pour vous allécher, voici un extrait de Gaufre royale. Le héros, gourmand invétéré, s’imagine déguster sa spécialité préférée :


[…] Tu passes devant les marchands de glaces et de gaufres. Tu lèves les yeux au ciel déjà heureux de savourer ta gaufre en pensée. Oui, tu rêves de cette gaufre royale comme un assoiffé au milieu du désert rêve d'eau fraîche. Ta main l'engage avec lenteur pour retarder la désagrégation de cette œuvre. Elle pénètre dans ma bouche, toute parée de mousse saupoudrée d'éclats de chocolats. Ma lèvre supérieure touche la première le rebord exprimant déjà pour mes narines qui la surplombent une amorce d'extase. Une légère pression de mes mâchoires et c'est une goutte, un flocon de crème, qui tombe sur mes papilles ; ma salive trop longtemps contenue se libère illico afin de participer à la cérémonie ; ma langue, mon palais sont en émoi instantanément ; ce coin du cerveau où – explique-t-on – réside le plaisir du goût ébullitionne ; je ne sais plus où donner de la tête, faut-il mâcher maintenant sachant que le désir assouvi ruine l'espoir si bon de le satisfaire qui t'habitait depuis si longtemps ? C'est intenable, qui pourrait résister ? Alors mes dents s'abaissent lentement et, presque à regret, entrent en action, et s'en viennent réveiller le chocolat fondant qui dort au fond de la structure alvéolée de la gaufre. Le mariage du cacao sapide et de la doucereuse Chantilly est fusionnel et, comme lors d'un baiser profond, mes yeux se ferment pour récupérer davantage de capacités sensorielles que cette bouchée exige. Puis vient la suite, le moment où je croque lentement le biscuit tiède de la gaufre, tendre et moelleux, comme aurait pu l'être le sein de ma mère, embarquant dans la bouchée complète ces parfums de sucre, de crème fraîche, de vanille, de cacao et d'épices. Presque ne pas mâcher, car on voudrait ne pas réduire à néant cet assemblage, seulement amalgamer ces goûts qu'il convient d'expédier au fond de soi pour régaler ce corps pesant qui espére tant cette récompense. Parce que cette première récompense en appelle une autre qui délivrera le même message de succulence, j'arrive à regret au bout du délice, les doigts poisseux et la bouche sucrée quand le nez ne garde pas une trace de neige. […]

A bientôt…

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Samedi 5 septembre 2009

Imagine une bouchée désignée d’un mot doux, d’un chuchotis d’amour, injuriée communément sous la dénomination de crotte en chocolat. Elle surgit entre les doigts après l’avoir déshabillée de son film protecteur rose, rose comme une bouche en cœur qui attend d’être croquée, comme une culotte de soie rose qui attend d’être arrachée. Imagine un sarcophage de fin chocolat d’un centimètre et demi sur son plus grand côté. A l’intérieur, une fine capsule de sucre cristallisée emprisonne une liqueur qui voudrait ressembler à un Guignolet sinon à un Kirsch de fantaisie. Quand la dent perce ce blindage dérisoire, la fuite est instantanée. Le génie créateur du confiseur a su transformer une promesse en une surprise, si proche d’un orgasme inattendu dont les effets ruissellent sur la langue. Le liquide se répand dans la bouche. Il faut le retenir un moment, le temps que chaque papille dispose d’une part de félicité gustative. La mâchoire suspend son couperet. Il faut de la volonté que les gourmands savent apprivoiser pour se refuser de mâcher la cerise, qui se dissimule tel un joyau au fond de la cavité, pour s’interdire de rompre le sortilège. Alors, on ferme les yeux et l’idée du bonheur vient fugacement t’embrumer l’esprit au cœur d’un ailleurs radieux. Parfois, la poésie s’interrompt d’un brutal : « Putain, c’est bon, je vais te bouffer le cul, ma crotte ! » L’effet de Mon Chéri est garanti.

Extrait de « Mythologies prosaïques » de Max Obione à la poursuite de Roland Barthes.

À suivre avec : la portion de Vache qui rit, le Carambar, la 2 CV, la gaufre royale, etc...

Publié dans : Ça, ça me botte...!
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Samedi 22 août 2009
Buchet-Chastel annonce sur son site la sortie du recueil collectif de nouvelles noires consacré au Clash pour le début octobre. Lire l'annonce

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La faucheuse ne chôme pas décidément. Chez nous, après Fajardie : Jonquet ! Le roman noir porte le deuil de deux grands romanciers du polar social et politique, ce néopolar dont les routes ont été défrichées par Manchette. Garez vos miches, mes aminches polardiers, gaffe en traversant la rue, gaffe la fumette et la picole ! Préservez-vous, vous avez encore tant de belles et bonnes choses à nous raconter...

Superbes vacances, quasiment trois semaines sans qu'on nous bourre le mou avec les faits, dires et gestes de Sarkubu 1er.

C'est une année à prunes, cette année, je n'ai plus de pot à confiture ! On s'en fout ! (choeur des potes)

Rémy de Gourmont mérite qu'on le relise ! C'est suranné dans le bon sens du terme, belle langue et des envolées anarchistes du meilleur aloi.

"La lune seule, au milieu de sa page pure..." Pablo Neruda dans La centaine d'amour. Sur ma table de chevet en pensant à la femme aimée.

Les petits fourriers de la République des lettres fourbissent leurs armes, la rentrée littéraire 2009 se profile avec ses "nouveaux produits", ses fabrications "grosses ficelles", ses soufflés "vu à la télévision", ses insignifiances montées en chef d'oeuvre. Surproduction éditoriale aboutissant au pilonnage inévitable. Folie !

Pour éviter d'avoir la grosse tête, rien de tel que d'aller fouiner chez les bouquinistes dont les caisses sont pleines des gloires d'hier. Ecrire, pour être aimer dans le temps présent, le sort de tes écrits ne t'appartient pas.

Publié dans : Des fois, ça me démange...
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Vendredi 21 août 2009
Le maître mot de mes maîtres : Flaubert, Maupassant, Simenon, Faulkner, Chandler... et j'en passe : dégraisser le texte brut, assécher, élaguer... On peut préférer la terminologie jardinière : biner, désherber, retirer la mauvaise herbe de la phrase. Quelles mauvaises herbes  ? L'adjectif et l'adverbe ! Une phrase sèche, parfaite, dont on voit l'os, faisant preuve à l'aide d'un mot, d'un verbe, d'un complément d'un agencement suffisant, le tout en rythme, en évocation. Sans fioritures ni coups de cymbales. Voilà, c'est simple et c'est sans doute le plus difficile, de lutter contre ce penchant démonstratif, que la joliesse excite, que le souci de plaire avive.
Bon, ça c'est l'objectif, le résultat n'est obtenu qu'au prix de travail constant qui ne doit pas émasculer l'énergie de la création, le premier jaillissement, celui qui trop souvent se pare de tics hérités de nos lectures et de nos penchants faciles. En résumé, le "juste nécessaire" doit éviter la boursoufflure ou l'aridité.
On entend fréquemment que l'écriture romanesque, c'est 5% d'inspiration et 95% de travail... Le raturage avec le copié collé de nos ordinateurs simplifie grandement la tâche. Mais, le matériel n'est qu'un pis aller. Bon, sur ce, je me remets à mon roman dont la sortie est prévue pour le salon du livre de Paris (fin mars 2009).
Publié dans : Des fois, ça me démange...
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Sang d'encre

Je serai présent aux journées autour des littératures policières de Vienne (Isère) 21 et 22 novembre 2009

Kicé cékoi ?

  • : Max Obione sous toutes les coutures... ses romans, ses nouvelles... ses projets et tout le toutim d'un vieux Narcisse qui essaie d'écrire des histoires !

Quand tu y penses !

Réussir à chuter vers  le haut
Jorge Luis Borges

Mes nouvelles hier et demain

Pépètes...

Votre libraire habituel se fera un plaisir de vous vendre mes livres, s'il ne les a pas en magasin, commandez-les, même à l'unité, sinon sur Internet ICI mais ça risque d'être long  !
(Ni Krakoen, ni le distributeur Calibre ne sont fautifs dans l'histoire)

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